|
Les restes de mollusques du site de la plage de Dizac, au Diamant, fouillé entre 1990 et
1992 par N. Vidal (Vidal 1992, 1999), ont fait l'objet d'une première expertise durant trois
semaines du mois d'août 2001. Les caisses de matériel ont été réunies dans les locaux du Service
Régional de l'Archéologie de Martinique où l'étude a été entamée. Compte tenu du peu de temps
engagé cette année, l'étude n'en est qu'à un stade préliminaire et concerne, dans l'immédiat,
uniquement les matériels issus des niveaux de décapage les plus profonds : 18, 17, 16 et 14 (voir
Vidal 1992, 1999). L'ensemble totalise déjà 10 407 restes de mollusques marins et terrestres, de
crustacés et d'échinodermes.
Les restes de malacofaune ont été identifiés le plus souvent à l'espèce et, sinon, au niveau
générique (voir Warmke et Abbott 1961, Pointier et Lamy 1998). Le tableau 1 présente la liste
des espèces et des genres de mollusques identifiés. Les identifications de certains restes portés
dans la catégorie " mollusques indéterminés " seront affinées d'ici la prochaine phase d'étude.
La présence de chaque taxon est exprimée par le décompte du Nombre de Restes (NR), c'est-à-
dire de tout type de reste, qu'il s'agisse de coquilles complètes ou de fragments et quelles que
soient les modalités de leur apport sur le site ; les restes ramassés morts ou d'origine intrusive et
les restes témoignant du travail de la coquille, notamment, sont intégrés dans les décomptes et
seront traités spécifiquement ensuite. Le Poids de Restes (PDR) a également été enregistré pour
chaque élément. Enfin, l'estimation du Nombre Minimum d'Individus de fréquence (NMIf) est en
cours mais constitue une lourde tâche puisqu'elle est établie, pour chaque taxon, sur la base de
combinaisons d'éléments uniques les plus fréquents qui renvoient à un seul individu (Poplin
1976a,b) et doit être recalculée à chaque changement d'échelle d'observation (site, unité
stratigraphique, mètre carré). Le tableau 2 (ci-dessous) présente donc, pour l'instant, uniquement
le décompte total en NR et PDR des restes de mollusques des quatre niveaux.
| Niveau | Nombre total de Restes | Poids total de Restes (en grammes) |
| 18 | 2 928 | 12 816 |
| 17 | 3 472 | 9 511 |
| 16 | 3 112 | 19 772 |
| 14 | 895 | 5 583 |
| Total | 10 407 | 47 682 |
| Tableau 2 - |
Nombre de restes et poids de restes totaux pour
les quatre niveaux de décapage étudiés |
|
Composition du spectre : taxons et biotopes exploités
Les 10 407 restes appartiennent à 76 espèces (62 genres) de mollusques marins, soit 48
espèces (36 genres) de gastéropodes, 23 (23) de bivalves et cinq (trois) de polyplacophores
(tableau 1). Ces chiffres sont susceptibles d'être modifiés par la reprise des restes qui posaient des
problèmes d'identification (mollusques indéterminés) mais sans remettre en cause les données
majeures puisqu'il s'agit, le plus souvent, de restes isolés. S'y ajoutent des restes de gastéropodes
terrestres du genre Pleurondonte sp. en grand nombre (cf. infra). Enfin, quelques restes de
crustacés indéterminés et du bernard-l'ermite terrestre Coenobita clypeatus étaient présents dans
le matériel mais seront réintégrés avec les autres restes de crustacés lors de leur étude.
La majorité du matériel correspond donc à des restes de mollusques dont l'apport sur le site,
quelles qu'en soient les modalités, est plus vraisemblablement d'origine anthropique. Ces restes
sont largement dominés par les espèces Donax denticulatus, Strombus gigas, Lucina pectinata,
Cittarium pica, Tivela mactroides, Anadara notabilis (figure 1) et les polyplacophores Chiton
marmoratus, C. tuberculatus et Acanthopleura granulata.
La présence, dans le matériel, de coquilles complètes de gastéropodes terrestres de grande
taille appartenant à au moins deux espèces différentes du genre Pleurodonte sp. est intéressante
(figure 2). Il faudra déterminer dans quelle mesure leur occurrence a pu être naturelle dans
l'environnement du site ou si elle résulte d'un apport anthropique. Les deux espèces dont
l'identification est à confirmer seront, pour l'instant, notées espèce 1 et espèce 2. Des coquilles
vides actuelles des deux espèces ont été ramassées dans deux environnements différents de
Martinique (espèce 1 : trace des Jésuites, forêt hygrophile ; espèce 2 : section Prêcheur-Grand
Rivière, forêt mésophile à xérophile). L'apparente absence, sur cet échantillon, d'un des
gastéropodes terrestres les plus souvent observés dans les ensembles de restes de mollusques de
sites précolombiens, Bulimulus cf. guadelupensis est, par ailleurs, notable. Enfin, les restes de
crustacés n'ayant pas, dans un premier temps, été inclus dans l'étude, on ignore si le bernard-
l'ermite Coenobita clypeatus, également fréquent dans les ensembles précolombiens, est
fortement représenté sur le site. Sept restes (cinq extrémités de péréiopodes, un péréiopode en
connexion avec un mérus et un dactyle gauche) ont été décomptés, mêlés avec les restes de
mollusques. Ils n'apparaissent pas dans les décomptes et seront réintégrés aux autres restes de
crustacés lors de leur étude.
Peu de restes sont apparus fortement fragmentés, roulés et érodés. De même, peu de restes
apparaissent avoir été ramassés morts : on ne compte qu'une valve droite d'Americardia media,
une coquille complète de taille moyenne de Cittarium pica, une coquille complète de Nassarius
vibex, une autre de Neritina virginea, une d'Oliva reticularis et une de Tectarius muricatus et,
enfin, une valve droite très altérée appartenant sans doute au genre Chione sp., deux valves droites
d'Anadara notabilis et 13 restes indéterminés. En revanche, le nombre d'éléments pouvant avoir
été ramassés morts apparaît élevé pour Strombus gigas (deux labres, un individu sub-complet
dépourvu de labre et une épine) et Strombus costatus (deux individus sub-complets et un labre).
En dehors de ces éléments, le matériel présente, de manière générale, un très bon état de
conservation.
Le tableau 3 présente le détail du dénombrement taxinomique en nombre de restes pour les
quatre niveaux de décapage (le même décompte en nombre minimum d'individus est en cours).
Parmi les mollusques, les bivalves dominent dans les quatre niveaux (76% NR variant selon les
niveaux entre 85,8 et 90,6%) devant les gastéropodes puis les polyplacophores. Neuf espèces de
mollusques totalisent à elles seules près de 90% des restes : il s'agit de Donax denticulatus,
Strombus gigas, Lucina pectinata, Cittarium pica, Tivela mactroides, Anadara notabilis et des
polyplacophores Chiton marmoratus, C. tuberculatus et Acanthopleura granulata (figure 1). S'y
ajoutent, dans une moindre mesure, les gastéropodes Neritina virginea, Tectarius muricatus,
Planaxis nucleus et Strombus costatus, et les bivalves Anomalocardia brasiliana et Codakia
orbicularis. Les gastéropodes sont, en général, assez faiblement représentés (15% NR variant selon
les niveaux entre 12,5 et 27,5%).
L'association de taxons semble indiquer l'exploitation importante de fonds
sableux (donax, lucines, palourdes Codakia orbicularis) et sablo-vaseux
(praires Tivela mactroides), peut-être en marges d'herbiers (strombes,
palourdes Codakia orbicularis), et vraisemblablement liés à la présence de
formations de mangrove (marigot de Dizac) dont sont également extraits de
nombreux taxons (dont Anomalocardia brasiliana, Melongena melongena,
Pugilina morio), toutefois présents en moindres quantités. Les taxons collectés
sur le médiolittoral rocheux sont moins nombreux mais le burgo Cittarium pica
et les polyplacophores (Chiton marmoratus, C. tuberculatus et Acanthopleura
granulata notamment) sont bien représentés. Les provenances des taxons
seront précisées, mais on a d'ores et déjà l'image d'une exploitation à
l'interface de plusieurs milieux : dans un éventuel ancien cours d'eau de la
ravine Dizac, à l'ouest du site (présence de Neritina virginea), dans son
embouchure ou au niveau du marigot de Dizac (taxons de mangrove) et, dans
la Baie de Dizac, sur les fonds combinant vraisemblablement des zones sablo-
vaseuses et sableuses (voir Vidal 1992 : 68) et, enfin, dans des herbiers dont
nous n'avons, pour l'instant, pas pu vérifier la présence et/ou l'extension
actuelle au large du site.
Les taxons majeurs : première caractérisation et voies d'étude
Les donax, Donax denticulatus : ce taxon a manifestement été exploité pour la
consommation. 6 532 restes ont été décomptés qui consistent essentiellement en valves complètes
(3 356 droites, 3 086 gauches), le reste consistant en portions de valves latéralisées
(charnières/crochets, bords ventraux, extrémités antérieures ou postérieures, etc.) et en fragments
non latéralisés (n : 23), soit au moins 3 362 individus sur les quatre niveaux de décapage réunis.
Certaines valves présentent clairement une à plusieurs encoches sur le bord ventral (figure 3) qui
pourrai(en)t avoir été produit(es) lors de l'ouverture des valves (avant ou après cuisson, la seconde
hypothèse semblant plus plausible bien que deux valves seulement soient apparues brûlées). Les
mesures de longueur et de hauteur (en mm) des valves complètes et sub-complètes (permettant au
moins la prise d'une des mesures) ont été enregistrées : la longueur, notamment, a pu être relevée
pour 6 392 valves (3 328 droites et 3 064 gauches). La répartition des valves mesurées en classes
de longueur (en mm) est présentée à titre indicatif dans ce premier rapport (tableau 4, figure 4) ;
les données métriques seront traitées de manière détaillée, ultérieurement. Les remontages se sont
avérés délicats compte tenu de la quantité importante de valves et de la difficulté à les articuler.
Les lucines Lucina pectinata : ce taxon est relativement bien représenté. 469 restes ont été
décomptés qui consistent essentiellement en valves complètes (106 droites, 120 gauches) en
portions de valves latéralisées (charnières/crochets, bords ventraux, extrémités antérieures ou
postérieures, etc.) et en fragments non latéralisés (n : 60), soit au moins 147 individus sur les
quatre niveaux de décapage réunis. Les mesures de longueur et de hauteur (en mm) des valves
complètes et sub-complètes (permettant au moins la prise d'une des mesures) ont été
enregistrées : la longueur, notamment, a pu être relevée pour 276 valves (122 droites, 153 gauches
et 1 non latéralisée). La répartition des valves mesurées en classes de longueur (en mm) est
présentée à titre indicatif dans ce premier rapport (tableau 5, figure 5) ; les données métriques
seront traitées de manière détaillée, ultérieurement. Les remontages se sont avérés probants dans
quelques cas. Les praires Tivela mactroides : ce taxon est relativement bien représenté. 412 restes
ont été décomptés qui consistent essentiellement en valves complètes (120 droites, 125 gauches)
en portions de valves latéralisées (charnières/crochets, bords ventraux, extrémités antérieures ou
postérieures, etc.) et en fragments non latéralisés (n : 76), soit au moins 135 individus sur les
quatre niveaux de décapage réunis. Les mesures de longueur et de hauteur (en mm) des valves
complètes et sub-complètes (permettant au moins la prise d'une des mesures) ont été
enregistrées : la longueur, notamment, a pu être relevée pour 266 valves (132 droites, 132 gauches
et 2 non latéralisées). La répartition des valves mesurées en classes de longueur (en mm) est
présentée à titre indicatif dans ce premier rapport (tableau 6, figure 6) ; les données métriques
seront traitées de manière détaillée, ultérieurement. Quelques remontages ont pu être établis mais
il est probable que les cas sont plus nombreux.
De nombreuses valves de ce taxon présentent aussi clairement une à plusieurs encoches sur
le bord ventral (figure 7) qui pourrai(en)t avoir été produit(es) lors de l'ouverture des valves
(avant ou après cuisson, la seconde hypothèse semblant plus plausible bien que deux valves
seulement soient apparues brûlées).
Les valves de ce taxon ont aussi été mises à profit pour le travail de la coquille : on a relevé,
dans les quatre niveaux, la présence de 12 valves présentant des vestiges d'abrasion sur le sommet
du crochet (figure 8), abrasion qui aboutit au percement du test et à la création d'un orifice
(vraisemblablement de suspension). 7 sont intactes ; les 5 autres sont fragmentaires, leur fracture
ayant pu être produite lors du façonnage ou de l'utilisation.
Les arches Anadara notabilis : ce taxon est relativement bien représenté avec 239 restes qui
consistent essentiellement en valves complètes (113 droites, 113 gauches) en portions de valves
latéralisées (charnières/crochets, bords ventraux, extrémités antérieures ou postérieures, etc.) et en
fragments non latéralisés (n : 2), soit au moins 115 individus sur les quatre niveaux de décapage
réunis. Les mesures de longueur et de hauteur (en mm) des valves complètes et sub-complètes
(permettant au moins la prise d'une des mesures) ont été enregistrées mais le travail de
caractérisation des restes et d'analyse métrique est encore en cours et ne sera présenté
qu'ultérieurement. Quelques remontages ont pu être établis mais il est probable que les cas sont
plus nombreux.
Le lambi Strombus gigas : ce taxon est relativement bien représenté avec 702 restes dont 21
individus complets et sub-complets. Deux d'entre eux sont strictement complets ; 11 autres
témoignent très clairement de la consommation de l'animal puisqu'ils sont pourvus de l'orifice
d'extraction traditionnel sur le troisième tour de spire (par lequel le muscle attachant l'animal à sa
coquille peut être sectionné avant d'extraire l'animal par le labre (figure 9). Il s'agit de 3
individus complets, d'un individu sub-complet pourvu de son labre mais portant un enlèvement
ventral sur le dernier tour, de 2 individus complets dépourvus de leur labre et de 5 individus sub-
complets dépourvus d'apex, de labre et de partie siphonale. S'y ajoutent des individus complets et
sub-complets ne témoignant pas directement de la consommation : 1 individu sub-complet
dépourvu de spire, 3 individus sub-complets dépourvus de spire et dont le labre est en partie
enlevé, 2 individus complets dépourvus de leur spire et de leur labre, 1 individu complet dépourvu
de son dernier tour et de son labre et 1 individu complet juvénile portant une encoche.
Certains des strombes complets et sub-complets (dont certains de ceux qui présentent des
stigmates d'extraction de l'animal) témoignent, clairement, du débitage de leur labre (figure 9),
débitage qui semble avoir, le plus souvent, été opéré au plus près de la portion désirée (portion
étroite mais régulière). De fait, les autres restes de Strombus gigas consistent en de nombreux
fragments de dernier tour, d'épaule avec ou sans nodules/épines et de labre (notamment portions
anales et siphonales et marges latérales externes du labre (figure 10) qui correspondent
typiquement à des déchets du débitage et du façonnage du labre. L'ensemble suggère une
importante utilisation de la coquille de ce taxon comme matière première et support de
production. Néanmoins, peu de labres travaillés ont été observés dans le matériel des quatre
niveaux étudiés (cf. infra).
Les individus complets et sub-complets ont été mesurés et décrits (type de fragment, de
coquille complète ou de coquille sub-complète, stade de croissance, nombre de tours de spire,
nombre de tours manquants). Il s'agit essentiellement d'individus sub-adultes à adultes pourvus
d'un labre plus ou moins développé et épais. Le travail de caractérisation des restes de strombes
est encore en cours.
Le strombe laiteux Strombus costatus : ce taxon est relativement bien représenté avec 28
restes. 4 correspondent à des individus complets dont 1 pourvu d'un orifice d'extraction sur le
troisième tour de spire (figure 11). 2 autres sont des individus sub-complets mais dépourvus de
leur spire, et un dernier est un individu sub-complet dépourvu de sa spire et de son labre. Pour ces
trois derniers spécimens dépourvus de leur spire (figure 11), il est possible d'envisager
l'utilisation de la coquille comme " conque sonore " (il est effectivement possible de produire
un son en soufflant par cet orifice) mais il reste délicat de l'attester. Enfin, comme ceux du lambi
Strombus gigas, les labres du strombe laiteux Strombus costatus semblent avoir été débités (figure
12) pour une utilisation qui n'est pas encore connue, aucune pièce façonnée sur ce type de
support n'ayant encore été observée.
Le burgo Cittarium pica : ce taxon est relativement bien représenté avec 448 restes dont
107 correspondent à des individus complets et sub-complets (dépourvus de spire, d'ouverture
et/ou de base). Parmi les individus (sub-)complets, 18 portent un large orifice sur le dernier tour,
le plus souvent au-dessus de l'ouverture, pouvant lui aussi témoigner du mode d'extraction de
l'animal (figure 13). Comme pour le lambi, les individus complets et sub-complets ont été
mesurés mais le travail de caractérisation des restes et d'analyse métrique est encore en cours.
Ces quelques données en sont encore à un stade préliminaire mais montrent qu'il sera
possible d'arriver à une bonne caractérisation des modes d'exploitation de ces différents taxons,
les indices de leur utilisation pour la consommation comme pour le travail de la coquille étant
nombreux et bien préservés. On développera donc essentiellement la caractérisation métrique des
individus des principaux taxons de bivalves et de gastéropodes, l'observation des traces
témoignant des modes de consommation et de celles documentant l'utilisation des coquilles de
certains de ces taxons pour le travail de la coquille.
Répartition spatiale et stratigraphique des restes
L'observation de la répartition des restes, d'une part, sur l'emprise de la
fouille au sein de chaque niveau de décapage et, d'autre part, entre les quatre
niveaux n'a pas été menée pour l'instant. Cela représente un lourd traitement
des données qui ne sera entamé que lorsque les restes des niveaux
supérieurs auront été étudiés. Il sera alors intéressant d'observer, en
stratigraphie, si les fréquences des taxons principaux, la taille des individus et
la représentation des milieux exploités enregistrent des variations importantes
entre le début et la fin de l'occupation du site. On tentera également une
observation de la répartition spatiale des restes, en particulier des strombes,
sur la zone fouillée (50 m2 ; voir Vidal 1992, 1999).
Le travail de la coquille
Parmi les restes d'invertébrés présents dans les quatre niveaux de décapage, de nombreux
éléments témoignent d'ores et déjà du travail de la coquille. On a déjà souligné l'utilisation des
valves de Tivela mactroides dont la face externe du sommet du crochet est abrasée jusqu'au
percement du test pour produire un orifice permettant sans doute la suspension de la valve ;
quelques valves d'autres bivalves (Anadara notabilis, Codakia orbicularis notamment) présentent
également des percements plus grossiers (résultant peut-être d'une percussion) au niveau du
crochet dont il faudra vérifier la nature anthropique.
L'utilisation du labre du lambi Strombus gigas est attestée par la présence d'individus sub-
complets dont le labre a clairement été débité et de fragments (déchets) typiquement produits lors
de ce débitage ou du façonnage du labre (cf. supra). Quelques pièces fragmentaires témoignent
d'une production d'outils tranchants sur labre (figure 14). Le labre et d'autres portions de la
coquille de ce taxon ont également été utilisées pour la production d'objets variés dont
témoignent notamment une perle discoïde, un fragment de tube plein, un disque épais (figure 14)
avec une amorce uniconique de perforation (à moins qu'il ne s'agisse d'une cupule sur un
élément destiné à l'incrustation) et deux zemis aboutis (figure 14), ces derniers étant
vraisemblablement produits sur deux nodules.
D'autres taxons ont été au moins occasionnellement utilisés : on relevé au moins trois
coquilles d'Oliva reticularis dont deux dépourvues de spire et la troisième dont la spire est
abrasée et dont le mur dorsal du dernier tour porte un percement en gorge ; une coquille de
Conus sp. dont l'apex semble avoir été abrasé, une charnière de valve gauche de Pinctada
imbricata perforée, et plusieurs coquilles de divers taxons de taille moyenne (Melongena
melongena, Pugilina morio, Cymatium sp., notamment) portant une encoche sur le mur
columellaire (figure 15) dont la signification n'est pas connue mais qui a été observée sur
d'autres sites (notamment celui de Hope Estate à St Martin).
Perspectives
L'étude des restes d'invertébrés des quatre premiers niveaux du site de Dizac n'en est
qu'au stade préliminaire. Les données ont seulement été présentées, de manière succincte ;
l'analyse complète du matériel sera réalisée lorsque l'ensemble des restes provenant du site aura
été étudié. Néanmoins, l'observation de ces premiers restes confirme la richesse de ce site :
- le matériel est parfaitement conservé et devrait permettre l'observation de multiples
aspects de l'exploitation des invertébrés : nombreux éléments complets mesurables,
netteté des traces de consommation et de travail de la coquille, notamment ;
- il est déjà très abondant pour ces premiers niveaux et devrait permettre des
comparaisons quantitatives intéressantes d'un niveau de décapage à l'autre (mais il
n'est pas exclu que le matériel puisse se raréfier dans les niveaux suivants) ;
- le spectre est riche et contient des taxons variés provenant de plusieurs milieux
vraisemblablement associés dans l'environnement du site ce qui pourra peut-être
permettre une approche paléo-environnementale ;
- enfin, d'autres éléments travaillés devront s'ajouter à ceux déjà observés pour ces quatre
premiers niveaux et donneront lieu à une étude approfondie dès le prochain rapport.
Références bibliographiques
- POINTIER, J.-P. & D. LAMY,
- 1998 - Guide des coquillages des Antilles. Collection 'Découvre la
Mer', PLB Editions. 225 p.
- POPLIN, F.,
- 1976a - Remarques théoriques et pratiques sur les unités utilisées dans les études
d'ostéologie quantitative, particulièrement en archéologie préhistorique. In : L. Barral, Union Internationale
des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques, XIe Congrès : 124-141. Union Internationale des Sciences
Préhistoriques et Protohistoriques, Conseil international de la Philosophie et des Sciences Humaines de
l'UNESCO, Nice.
- 1976b - A propos du Nombre de Restes et du Nombre d'Individus dans les échantillons d'ossements.
In : Cahier du Centre de Recherche Préhistorique de l'Université de Paris I, Vol. 5 : 61-74.
- VIDAL, N.,
- 1992 - Les Fouilles Archéologiques du site Précolombien de la Plage de Dizac, le
Diamant, Martinique. Maîtrise de l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, Paris.
- 1999 - Le site précolombien de la Plage Dizac au Diamant, Martinique. In : Proceedings of the 16th
International Congress for Caribbean Archaeology. Basse-Terre, Guadeloupe, 1995. Conseil Régional de la
Guadeloupe, Mission Archéologique et du Patrimoine : 7-16. Basse-Terre, Guadeloupe.
- WARMKE, G.L. et R.T. ABBOTT,
- 1961 - Caribbean Seashells. A Guide to the Marine Mollusks of
Porto Rico and other West Indian islands, Bermuda and the lower Florida keys. Livingston Publishing
Compagny. Narberth. Pennsylvannia. 346 p.
|