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G. Vernet, G. Kieffer et J.P. Raynal

ETUDE DES NIVEAUX PYROCLASTIQUES DE LA MONTAGNE PELÉE EN RELATION AVEC LES NIVEAUX ANTHROPIQUES PRÉCOLOMBIENS

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Le travail d'analyse des niveaux pyroclastiques récents de la Montagne Pelée a débuté en 1998. À partir des stratigraphies des sites archéologiques étudiés et de coupes en contexte non archéologique mais situées dans l'environnement des sites, nous pouvons proposer une première synthèse portant sur les niveaux téphriques présents en contexte archéologique. La dénomination des différents épisodes éruptifs reconnus est volontairement différente de celle proposée par les volcanologues à partir des séquences-types définies en position souvent plus proximale sur le volcan lui-même.

G. Vernet, G. Kieffer et J.P. Raynal
 
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On remarquera tout d'abord que sur l'ensemble des sites étudiés les niveaux éruptifs reconnus, qui encadrent généralement un paléosol noir d'une épaisseur moyenne de 0,30 m, ne présentent pas de formation attribuable à des coulées pyroclastiques mais seulement des dépôts de retombée plinienne et des lits cendreux caractéristique d'une phase éruptive de type blast. Les différents épisodes éruptifs sont au nombre de six :

Le tephra supérieur de Vivé (TV1) :

Défini sur le site archéologique de Vivé sur la côte atlantique où il recouvre le niveau archéologique inférieur, il est également présent sur le site archéologique de Moulin l'Étang dans une position stratigraphique comparable.

Il est constitué par deux niveaux : à la base un mince niveau (épaisseur : 0,03 m max.) de cendres grises plus ou moins microlitées et un niveau à ponces (épaisseur : 0,40 m max.). Il est interprété comme le témoin d'un épisode éruptif de La Montagne Pelée comprenant un blast initial suivi par une phase plinienne.

Du point de vue chronologique, nous pouvons dire qu'il intervient lors de l'occupation du site de Vivé par des amérindiens de culture saladoïde ancienne, c'est-à-dire vers le IV ème siècle. Il pourrait être identifié à l'éruption datée vers 280 AD, soit l'éruption P2 de H. TRAINEAU et al.

Le tephra inférieur de Moulin l'Étang. (TME2) :

Défini sur le site archéologique de Moulin l'Étang sur la côte atlantique où il est présent sous le niveau archéologique inférieur, il est également présent sur le site archéologique de Vivé, dans une position stratigraphique comparable mais plus dégradé. Il est constitué par un niveau à ponces (épaisseur : 0, 35 m max.). Il est interprété comme le témoin de la phase plinienne d'un épisode éruptif de La Montagne Pelée.

Du point de vue chronologique, nous pouvons dire qu'il est nettement antérieur à l'occupation des sites de Vivé et de Mouling l'Étang (c'est-à-dire au IV ème siècle), en effet son sommet est toujours nettement affecté par le développement d'un sol qui contient les vestiges archéologiques. Il pourrait être identifié à l'éruption datée vers 60 avant J.-C., soit l'éruption P3 de H. TRAINEAU et al.

Le tephra inférieur de Saint-Pierre. (TSP2) :

Défini sur le site archéologique de La future Sous-Préfecture à Saint-Pierre sur la côte caraïbe où il est présent sous le niveau archéologique précolombien, il est également présent sur le site archéologique de l'habitation Perrinel à Saint-Pierre et dans des coupes observées à Beauséjour (5 km au SSW de la Pelée et 2 km au NW de Saint-Pierre), dans une position stratigraphique comparable.

Il est constitué par un niveau à ponces (épaisseur : 0, 20 m max. en place + 0,35 m pédogenisé).

Il est interprété comme le témoin de la phase plinienne d'un épisode éruptif de La Montagne Pelée.

Du point de vue chronologique, nous pouvons dire qu'il est nettement antérieur à l'occupation des sites du secteur de Saint-Pierre, en effet son sommet est toujours nettement affecté par le développement d'un sol qui contient les vestiges archéologiques. Le paléosol qui le surmonte contient des vestiges archéologiques de la phase Saladoïde récente à la phase Suazoïde, soit du Véme au XIIIéme siècle après J.-C.. Il pourrait donc être identifié à deux éruptions, soit P2 (vers 280 après J.-C.), ou bien P3 (vers 60 avant J.-C.).

Le tephra supérieur de Saint-Pierre. (TSP1) :

Défini sur le site archéologique de l'habitation Perrinel à Saint-Pierre sur la côte caraïbe où il est présent sur le niveau archéologique précolonbien, il est également dans des coupes observées à Beauséjour (5 km au SSW de la Pelée et 2 km au NW de Saint-Pierre) où il recouvre un paléosol noir.

Il est constitué par deux niveaux : à la base un mince niveau (épaisseur : 0,30 m max.) de cendres grises microlitées et un niveau à ponces (épaisseur : 0, m max.). Il est interprété comme le témoin d'un épisode éruptif de La Montagne Pelée comprenant un blast initial suivi par une phase plinienne.

Du point de vue chronologique, nous pouvons dire qu'il est postèrieur à l'occupation du site de l'habitation Perinnel à Saint-Pierre. Le matériel archéologique le plus récent du site appartient à la phase Suazoïde (XIIIéme siècle après J.-C.). Il pourrait donc être identifié à P1 (vers 1300 après J.-C.)

Le complexe téphrique de Saint-Pierre (CTSP) :

Il est présent que sur le site de La future Sous-Préfecture à Saint-Pierre où il recouvre le niveau archéologique.

Il est constitué par, à la base par une unité à ponces (épaisseur : 0,47 m) puis par une seconde unité (épaisseur : 0,11 m) dominée par des produits fins plus ou moins lités. On note également un niveau à ponces vers le sommet de cette seconde unité. L'épaisseur totale de ce complexe téphrique est de 0,58 m.

Il est interprété comme le témoin d'un épisode éruptif de La Montagne Pelée comprenant une phase plinienne à la base puis une phase à déferlantes avec cependant au moins un épisode de retombée à ponces.

Du point de vue chronologique, nous pouvons dire qu'il est postérieur à l'occupation du site de La future Sous-Préfecture à Saint-Pierre. Le matériel archéologique le plus récent du site appartient au début de la phase Suazoïde (autour de l'an Mil). Comme ce complexe téphrique ne trouve pas d'équivalent, il est donc impossible de le rattacher à une des phases éruptives de La Montagne Pelée définies par les volcanologues, cependant sa position au dessus de vestiges amérindiens datés autour de l'an Mil fait qu'il ne peut être comparer qu'à l'épisode P1 de la fin du XIIIème siècle.

On le voit une nouvelle téphrochronologie de la Montagne Pelée commence lentement à se dégager. Cependant, si nous avons bien démontré l'interaction entre le volcanisme de la Montagne Pelée et le peuplement amérindien de la Martinique et jeté les bases d'une téphrochronologie en milieu archéologique, il nous reste encore à caractériser les paléo- environnements et à quantifier l'impact du volcanisme et de l'homme sur les paléo-milieux. Ce travail est en cours dans le cadre d'une collaboration avec le Muséum d'Histoire Naturelle et le Parc Naturel Régional de la Martinique sous la forme d'études palynologiques et anthracologiques. Par ailleurs, il nous faut poursuivre le travail de rattachement des événements éruptifs reconnus en milieu archéologique à la chronologie proposée par les volcanologues en poursuivant leur caractérisation fine sur le plus de sites possibles. Dans ce but, des analyses prometteuses et novatrices sont en cours. Il s'agit de datations physiques, par thermoluminescence, effectuées directement sur les niveaux pliniens elles permettront vraisemblablement de régler définitivement le problème de corrélation entre les niveaux à ponces découverts lors des différentes fouilles.





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Last modification : 25/08/2002 - 21:34