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L. Allaire, O. Kayser et N. Vidal

L'OCCUPATION AMÉRINDIENNE TARDIVE DE LA MARTINIQUE

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Cette année, différentes opérations ont concerné l'occupation amérindienne post- saladoïde de la Martinique. Tout d'abord, le professeur L. Allaire de l'Université du Manitoba a effectué une mission afin d'achever l'étude du matériel céramique issu des fouilles qu'il avait effectuées à l'Anse Trabaud dans les années 80. Le matériel lithique de ce site a déjà été étudié dans le cadre de ce PCR par B. Bérard et S. Knippenberg. Les nombreux restes fauniques devraient être analysés prochainement. Ces études seront la base d'une future publication. Par ailleurs, deux sites post-saladoïdes ont été sondés cette année. N. Vidal a dirigé une opération préventive sur le site Troumassoïde Suazan de Cap-Est et O. Kayser a sondé le site du Coin au Carbet. Deux petites collections céramiques en cours d'étude ont été récoltées à cette occasion.

Ces différentes opérations, avec le sondage effectué en 1999 à l'Anse Charpentier (Troumassoïde Troumassan), nous ont permis de revoir rapidement l'ensemble de la séquence post-saladoïde en Martinique. Ce tour d'horizon rapide offre une bonne base à l'ouverture éventuelle d'une fouille de grande ampleur concernant cette période.

L. Allaire Département d'Anthropologie Université du Manitoba
Anse Trabaud Rapport Préliminaire de Recherches 2001
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Le gisement préhistorique de l'Anse Trabaud situé sur la côte sud de la Martinique avait été l'objet de fouilles archéologiques dirigées par Mario Mattioni (Service des Antiquités de la Martinique) avec l'aide de Louis Allaire (Université du Manitoba) durant les mois de décembre 1983 et 1984. En 1984, Allaire avait réalisé l'étude des collections de la saison 1983, mais la retraite subséquente de Mattioni en 1985 n'avait pas permis la reprise de l'analyse des collections avant le mois de mai 1997 alors que la céramique recueillie en 1984 avait pu être étudiée. Ce n'est qu'en mai 2001 que le travail a pu être complété de façon satisfaisante permettant la rédaction d'un rapport définitif.

Certains problèmes cependant n'ont pas été résolus. De nombreux fragments et tessons étudiés et dessinés en 1984 n'ont pu être retrouvés. De même, l'absence de tout catalogue des pièces numérotées ne nous permet pas d'obtenir une idée plus précise de l'importance de la collection et du nombre des vestiges entreposés au Service des Antiquités. Le numéro de catalogue le plus élevé enregistré pour la collection 1983 est de 4500 ; la collection 1984 moins volumineuse contiendrait au moins 2700 pièces numérotées. Il est clair que tout vestige rapporté des fouilles, c'est-à-dire, les tessons de poterie de même que tous les tessons de corps, les objets façonnés en pierre, os ou coquillage, de même que tous les petits ossements, coquillages, pierres diverses, etc..., avaient ainsi fait l'objet d'un numérotage individuel.

L'une des tâches principales de notre travail a d'abord été de reconstituer un catalogue des pièces à partir des notes d'étude. De cette façon, on a pu dresser un catalogue précis portant sur près de 900 pièces étudiées, soit environ 500 pour la collection 1983, et 400 pour 1984. Nous avons par ailleurs pu constater que les tessons et autres objets avaient été numérotés par unités de fouilles, c'est-à-dire par tranchées et leurs niveaux stratigraphiques respectifs, ce qui nous a permis de corriger certaines erreurs de lecture des numéros illisibles, peu visibles, ou incomplets.

Le rapport préliminaire qui suit est basé essentiellement sur ces pièces étudiées et porte essentiellement sur les vestiges de la céramique comprenant les grands fragments, les rebords de vases (une catégorie qui s'étend non seulement aux récipients, mais également aux platines et cylindres), les tessons décorés, de même que les quelques petits objets de céramique comme les fusaïoles, disques, grattoirs, etc.

Description du Gisement

Le gisement de l'Anse Trabaud occupe une plage boisée de l'extrémité la plus au sud de la Martinique, qui s'étend, au pied du Morne des Pétrifications (119 m), de la Pointe d'Enfer à la Savane des Pétrifications jusqu'aux salines de la Pointe Baham vers l'est. Le sous-sol de la région immédiate du site consiste en calcaires du complexe de base recouvert de tufs, associés souvent à du bois silicifié comme c'est le cas notoire à la Savane des Pétrifications. Il s'agit de l'ensemble sédimentaire de Ste-Anne datant d'une période antérieure au Miocène Inférieur (soit quelque 22.5 millions d'années). Le paysage environnant se caractérise par des mornes isolés, résultats de lambeaux de coulées de lave. Le littoral immédiat présente des falaises escarpées et des éboulements rocheux. Le rivage comporte des platures coralliennes de faible dimensions moins étendues que sur la côte orientale plus au nord.

L'Anse Trabaud se situe dans l'une des régions les plus arides de la Martinique. Les précipitations y sont inférieures à 1250 mm (1174 mm à l'Ilet Cabrit faisant face au gisement), et correspondent surtout à la période allant de mai à décembre, une saison sèche étant représentée par la période de février à mai. La disponibilité en eau potable devait, du moins en saison sèche, représenter un problème considérable pour les occupants préhistoriques de l'endroit. La végétation locale reflète cette aridité du climat. On y retrouve sur la côte immédiate une végétation xérophyle dominée sur les formations de plage, comme sur le gisement même, par le manceniller (de grande taille) et les raisinniers; l'arrière plage se caractérise par un stade dégradé arbustif, genre de garrigue méditerranéenne et herbacé à ti-baume (Croton), acacias, merisier (Eugenia) et graminées (Androgon), faisant suite à la forêt tropophile à poirier (Tabebuia) et gommier rouge (Elaphrium simaruba). La mangrove apparaît au nord-est du gisement à la Baie des Anglais qu'elle encercle entièrement et atteint les marais salins qui s'étendent à l'arrière du gisement. Les côtes rocheuses sont dominées par le cactus, notamment les raquettes, cierges et les agaves. La Savane des Pétrifications, adjacente à l'Anse Trabaud qu'elle délimite vers l'Ouest, offre l'aspect d'un véritable petit désert.

La région de l'Anse Trabaud, celle de la péninsule la plus méridionale de l'île, n'a jamais été favorable à l'agriculture non seulement à cause de la sécheresse mais de la pauvreté de ses sols calcimorphes peu profonds. On n'y retrouve aujourd'hui que quelques pâturages. C'est en effet la pêche qui actuellement comme de tout temps représente l'activité de subsistance la plus typique du milieu. Notons cependant que les fouilles de l'Anse Trabaud ont révélé de nombreux fragments de platines à manioc attestant l'utilisation de cette plante et vraisemblablement sa culture dans le voisinage plus ou moins immédiat du gisement. La région n'est d'ailleurs pas sans ressources. Le manioc est une plante remarquablement résistante à la sécheresse et il n'est pas impossible que le coton, déjà très répandu avant l'arrivée des européens comme à la période coloniale, ait pu avoir été cultivé localement, surtout à une époque de développement forestier plus extensif que le paysage dégradé actuel.

Il ne faut pas oublier la présence relativement abondante presque en bordure du gisement de pierres siliceuses propres à la fabrications d'outils sur éclats, à même le sol de la Savane des Pétrifications reconnues non seulement pour ses bois silicifiés mais aussi pour ses blocs de jaspes jaunes et rouges. Quant aux ressources de la mer, ce sont celles des plages et côtes rocheuses représentées dans les dépots par d'abondants vestiges de lambis et de burgos; la tortue devait également être abondante, de même que les poissons de haute mer, ce que l'étude des restes de la faune nous permettra de déterminer plus précisément.

Description des Fouilles

Les fouilles et sondages au gisement de l'Anse Trabaud ont livré un matériel relativement abondant. Après quelques sondages préliminaires à la pelle, les fouilles s'étaient concentrées en 1983 sur l'aire plus ou moins centrale du gisement. Il faut à cet égard noter l'absence de matériel de surface qui rendait inutile une collecte plus systématique afin de déterminer des aires de concentrations de dépôts archéologiques. La fouille procéda par unités d'un mètre-carré et par niveaux stratigraphiques arbitraires d'environ 20 cm de profondeur. La fouille de 1983 porta sur une aire assez contiguë désignée par les lettres A à H, soit 8,0 mètres-carrés. Les sondages de 1984 cherchèrent au contraire à documenter et à vérifier l'étendue des dépôts en d'autres endroits du gisement, de part et d'autre de l'aire fouillée en 1983. Trois aires différentes furent ainsi explorées : (1) une tranchée de 2,0 par 1,0 m, désignée I/J au sud-ouest de l'aire centrale A/H; (2) trois unités désignées K/L/M situées à environ ? m plus au nord ; et (3) plus vers l'Est, presque en bordure de plage, d'un puits solitaire, "O", d'un mètre carré.

De prime abord, le matériel recueilli présente indubitablement l'aspect d'un style de céramique tardif, c'est-à-dire Post-Saladoïde, et certainement représentatif du Suazey ou du Troumassoïde qui le précède. Il ne fallait pas cependant préjuger de l'homogénéité des dépôts comme représentant une occupation unique et relativement étendue du site. A cet effet, l'étude des collections s'est portée sur ce qui semble apparaître comme au moins quatre zones indépendantes d'occupations préhistoriques durant cette période Post-Saladoïde, telles que représentées par les tranchées et sondages décrits ci-dessus.

Stratigraphie

L'accumulation des dépôts archéologiques varie entre environ 0,60 à 0,90 m de profondeur, et consiste en un amas coquillier mêlé de tessons de poterie et d'ossements d'animaux recouvrant le sol original de sables blancs. Les vestiges de la faune (vertébrés et invertébrés) fera l'objet d'une étude séparée. Malgré de nombreux crabes de terre et des racines dans les premiers 20 cm, l'absence de vestiges de surface a déjà été notée. Sous une couche correspondant à ce niveau de terre sableuse à petits tessons granuleux, apparaît l'amas coquillier typique des sites antillais, c'est-à-dire, où les lambis et plus particulièrement les burgaux sont nombreux, mêlés à des lenticules de petits coquillages, de poussière d'os ou autres débris comprenant d'abondants tessons de poterie, sans véritable division culturelle pouvant représenter des occupations séparées. Les couches inférieures stériles consistent en sables fins et de couleur pâle, généralement sous 0,80 cm de profondeur.

La Poterie Décorée

La poterie décorée consiste essentiellement en vases dont les surfaces bien finies sont peintes en rouge ou en noir ; il n'y a que peu de spécimens dont la décoration représente des motifs peints ou incisés. On ne retrouve le décor incisé, en particulier, que dans l'aire A/H fouillée en 1983. En général, la poterie décorée comporte les pièces de facture plus raffinée; mais ce n'est pas nécessairement le cas à l'Anse Trabaud où des vases de terre brune, mal cuits et par conséquent mal conservés, sont le plus souvent décorés d'une peinture rouge ou de modelages. Les formes sont également plus soignées et complexes, notamment par la présence de profils carénés et de rebords épaissis, souvent larges et plats et à profil triangulaire.

Dans la poterie décorée de motifs peints ou incisés, on retrouve principalement des cercles, des volutes et des courbes couvrant les parois supérieures d'un vase ou la surface d'un rebord plat ; l'incision est le plus souvent large et profonde et prend parfois une forme plus ou moins rubanée. Ce style de décor est typique de la céramique Post-Saladoïde, est souvent associé à une peinture rouge. Les motifs linéaires peints sont représentés par le type dit Caliviny particulier à la période Troumassoïde et Suazey dans les Petites Antilles mais il se limite à quelques tessons qui pourraient être étranger au site.

C'est plus simplement la peinture des surfaces ou des rebords en rouge, souvent couvrant, et en zones peintes en noir qui caractérise plus particulièrement la poterie décorée à l'Anse Trabaud. Parmi les formes les plus représentées se retrouvent les vases carénés ou "cazuelas", mais dont l'orifice est éversé ; de même que de larges vasques à rebords triangulaires dont l'intérieur est fréquemment peint en noir. Des petits bols et barquettes à peinture rouge figurent également dans la collection.

Le décor modelé et incisé, par ailleurs si typique de la décoration antillaise, est peu représenté à l'Anse Trabaud ; ceci semble caractéristique de la période. En effet, on y a retrouvé peu d'adornos. On n'en a retrouvé que quelques fragments, mais aussi par une tête de saurien assez exceptionnelle par sa grande dimension. De même, une petite modification d'un rebord surélevé représente une petite tête de reptile ou de serpent. En fait, le serpent semble être l'animal le plus représenté dans les quelques pièces et fragments retrouvés dans le site.

La Poterie Utilitaire

La poterie utilitaire constitue d'ordinaire la catégorie de récipients de terre cuite la plus abondante dans les gisements antillais de la période récente, comme c'est le cas à l'Anse Trabaud. Il s'agit en effet d'une batterie de solides récipients (marmites, bols, jattes, plats, etc...) le plus souvent de grandes dimensions bien que des petits bols ou écuelles aient été retrouvés. De facture grossière, cette poterie utilitaire est néanmoins souvent de meilleure qualité que certains vases décorés. Les formes simples sont le plus souvent géométriques : récipients hémisphériques ou cylindriques plus ou moins évasés ; les formes restreintes sont rares. De grandes vasques à rebord triangulaire appartiennent également à cette catégorie. La couleur naturelle de l'argile varie du gris au brun ; les surfaces rugueuses sont typiquement brossées ou peignées, ou grossièrement raclées. Les surfaces ne sont jamais peintes. Cette poterie utilitaire n'est pas cependant sans certains éléments décoratifs qui lui sont particuliers. C'est le cas des fameux rebords indentés au doigt (impressions digitées) et de certaines modifications décoratives du rebord, encoches ou mamelons, toutes caractéristiques d'ailleurs typiques du Suazey. Les rebords indentés semblent être associés plus particulièrement aux aires A/H et I/J, c'est-à-dire le secteur ouest du gisement où on les retrouve dans les niveaux supérieurs des tranchées.

Il y a cependant une caractéristique de la poterie utilitaire de l'Anse Trabaud qui reste inusitée par rapport à ce type de poterie dans les Petites Antilles méridionales (allant jusqu'à la Grenade). Il s'agit de grands récipients évasés dont le profil est de caractère caréné à mi-hauteur donnant à la pièce un aspect campaniforme ou, selon une expression déjà utilisée, en "chapeau chinois". Ce type de forme n'appartient aucunement à la culture Suazey des Petites Antilles méridionales, mais s'est révélé plutôt typique de la période récente, mal connue et mal documentée, de la Guadeloupe et des îles au vent plus nord. Sa présence à la Martinique laisserait supposer une occupation d'origine étrangère qui jusqu'ici reste unique pour ces îles. Ces vases carénés de type Guadeloupéen semblent appartenir plus particulièrement au secteur Est du gisement représenté par les tranchées K/L/M et O.

Les Platines à Manioc

Les platines à manioc sont relativement abondantes et restent conformes aux types et dimensions communes à cette période. La platine à pied est bien représentée et les pieds de platines séparés apparaissent fréquemment dans les vestiges. Les platines à manioc sont en général de facture semblable à la poterie utilitaire. Plusieurs fragments cependant semblent appartenir à des platines apodes lorsque la pièce ne présente qu'un rebord unilatéral, et une base uniformément plate. La platine apode n'est pas typique de la période Suazey (sauf à la Grenade). Il ne fait aucun doute que la platine témoigne de l'importance du manioc dans l'alimentation des occupants du site et vraisemblablement de sa culture dans le milieu aride de la région.

Les Petits Objets de Céramique

Parmi les petits objets façonnés de terre cuite, les plus communs sont des cylindres épais d'environ de 15 à 20 cm de hauteur. Ces cylindres sont en général de facture très grossière malgré la présence de deux pièces plus finement travaillées ; l'une montre un visage humain encerclé de deux bras modelés sur la paroi et l'autre porte une anse en croissant. On peut interpréter ces cylindres comme des brûle-parfums, ou comme des " topias" pour supporter les marmites sur le feu. Ces cylindres, par ailleurs typiques du Suazey, sont particulièrement communs à l'Anse Trabaud.

On a aussi retrouvé des fusaïoles de formes coniques ou plates sur tessons. Ces objets qui sont également typiques du Troumassoïde et du Suazey ; attestent de l'utilisation et vraisemblablement de la culture du coton aux alentours du site dont le climat est approprié. Finalement, on notera quelques grands grattoirs (ou limes) façonnés sur des tessons épais dont les bords sont meulés par l'usage.

Discussion et Conclusions

L'étude des collections de la céramique recueillie lors des fouilles du gisement de l'Anse Trabaud, encore à l'état préliminaire, nous permet d'ores et déjà cependant de discerner certaines conclusions qui nous permettront d'éclaircir davantage la préhistoire récente (ou Post-Saladoïde) de la Martinique et des Petites Antilles méridionales.

Il faut d'abord insister sur l'évidence d'occupations séparées représentées dans la distribution horizontale des dépôts qui semble révéler, d'une part, une occupation typiquement Suazey et une occupation (secteur est) qui semblerait provenir des Îles au vent plus au nord (ou de la Guadeloupe).

Les différences stratigraphiques suggèrent une différence culturelle substantielle entre les niveaux inférieurs et les niveaux supérieurs du gisement. En effet, les niveaux inférieurs semblent révéler un style plus proche du Troumassoïde que du Suazey. C'est du moins ce qu'indiquent la fréquence de la peinture rouge et le décor Caliviny. Les niveaux supérieurs du secteur ouest plus précisément sont quant à eux associés aux rebords à impression digitée que l'on attribue généralement et exclusivement au Suazey typique.

D'un point de vue comparatif, les liens avec les ïles au vent et la Guadeloupe on déjà été notés. Certaines particularités stylistiques du Troumassoïde sont également bien en évidence. Le point de comparaison le plus significatif reste le site de Macabou situé plus au nord sur la côte sud-est de la Martinique. Macabou est représenté par des occupations multiples de la période Suazey sans occupation Troumassoïde apparente. Certains aspects de la décoration à l'Anse Trabaud, de même que certaines pièces, rappellent Macabou, mais ce gisement comporte un degré de poterie décorée de beaucoup supérieur à notre site.

D'un point de vue chronologique, nous serions tenté, ce que l'étude définitive révélera certainement, de suggérer que l'occupation la plus ancienne de l'Anse Trabaud précèderait Macabou dès la fin de la période Troumassoïde, alors que les niveaux supérieurs (à impressions digitées) seraient plus ou moins contemporains (ou auraient même co-existé) avec l'occupation la plus ancienne de Macabou (représentée par l'aire F et le niveau III de l'aire B) malgré leurs éléments décoratifs plus abondants et mieux documentés. Il y a sans doute certains raccords précis et un certain chevauchement des occupations dans les deux sites. Macabou restera occupé _ une periode faisant suite _ l'abandon de l'Anse Trabaud comme le révèle l'occupation des niveaux I & II de l'aire B alors que l'impression digitée disparaît et que des éléments attribuables aux influences de la culture Taïno des Grandes Antilles deviennent plus apparents. Il n'y a pas à Macabou d'occupation proprement historique (et qui appartiendrait comme on le sait maintenant à la culture dite de Cayo), ni d'ailleurs d'évidence de contact avec la Guadeloupe et les îles au vent comme à l'Anse Trabaud.

Nous ne possédons pas de datations au carbone14 pour l'Anse Trabaud. Sur la base des dates obtenues pour Macabou et pour de façon plus générale la préhistoire des Petites Antilles, il serait raisonnable d'attribuer l'occupation la plus ancienne de l'Anse Trabaud avant l'an Mil (cette période Troumassoïde est d'ailleurs très mal datée dans les Petites Antilles), et son occupation la plus récente vers le 13éme siècle de notre ère. Les influences ou mouvements de population provenant du nord, comme de la Guadeloupe, par exemple, se seraient effectués entre ces dates. En bref, l'archéologie de l'Anse Trabaud laisse entendre une situation culturelle et même démographique plus dynamique dans les Petites Antilles du nord au sud qu'on ne l'aurait soupçonné jusqu'ici, et ce plus particulièrement au moment même de la transition entre ce plus ou moins mystérieux Troumassoïde et l'aube de la période Suazey.



O. Kayser
Le Carbet : Le Coin
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Il y a quelques années, lors de la construction d'un hôtel à l'embouchure de la rivière Thieubert, au sud du Coin, commune du Carbet, on a rapporté que des tessons précolombiens avaient été mis au jour, sans que le SRA puisse le vérifier. Des travaux de réfection du pont sur lequel la RN2 traverse la rivière ont entraîné la construction d'un pont de délestage au début de l'année 2000 ; une surveillance archéologique s'était alors avérée négative. La route de desserte fut, elle, tracée sur le terrain à la fin de l'an 2000 sans que le SRA en fût avisé. Le raclage superficiel du sol laissait apparaître des tessons de céramique, ce qui entraîna un ramassage par le SRA : hormis de rares éléments plus anciens, l'ensemble paraissait homogène et pouvait être rattaché à un ensemble troumasso/suazoïde.

Afin de déterminer l'existence d'une partie conservée, deux sondages ont été entrepris en avril 2001, dans le cadre d'un stage pour les élèves inscrits à l'option d'archéologie à l'Université des Antilles et de la Guyane. Le premier fut implanté sur un parterre, à l'accueil de l'hôtel Marouba, sur la rive sud de la rivière Thieubert. Si quelques tessons de type saladoïde modifié (Diamant) ont été recueillis, le milieu était complètement perturbé par les travaux d'aménagement des abords de l'établissement (remblais, creusements,?).

Le second sondage fut réalisé sur la rive nord de la rivière, à proximité de la route. Ce sondage de surface limitée (3 x 4 m) a livré la stratigraphie suivante : (voir figure 1)

  • Couche végétale, d'une épaisseur de 0,40 m. Cette couche contenait de nombreux tessons d'horizons divers (saladoïde modifié à contemporain) de dimensions modestes et aux cassures émoussées (pour les plus anciens).
  • Couche végétale, d'une épaisseur de 0,40 m. Cette couche contenait de nombreux tessons d'horizons divers (saladoïde modifié à contemporain) de dimensions modestes et aux cassures émoussées (pour les plus anciens).
  • Couche sableuse, compactée, traversée par le réseau de racines d'un verger de manguiers. Son épaisseur moyenne est de 0,80 m. Le mobilier archéologique recueilli consiste en tessons céramiques aux cassures assez fraîches, d'éléments lithiques, de coquillages (dont une herminette en lambis), de vertèbres de poissons. Si les racines avaient entraîné localement quelques perturbations (sensibles à la fouille), avec notamment la présence d'un fourneau de pipe en terre blanche, la plupart des objets semblaient en place depuis leur dépôt préhistorique.
  • Succession de couches, archéologiquement stériles, suivie sur une soixantaine de cm d'épaisseur. De constitutions variables (sable + ponce, sable volcanique, ponce, ?), ces couches correspondent aux dépôts consécutifs aux débordements successifs de la rivière voisine.

Un premier examen de la céramique de la couche " en place " montre qu'elle est majoritairement constituée d'éléments saladoïde modifié tardif et post-saladoïdes, analogues à ceux découverts lors du décapage de la route. Leur mélange apparent semble indiquer qu'on soit là dans une zone de rejets, ce que l'ampleur limitée du sondage ne permet pas de confirmer absolument.





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Last modification : 21/02/2002 - 18:52