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OPERATION SUD DOMINIQUE 2005
Le site de Soufrière
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Localisation du site

Le site saladoïde ancien de Soufrière est localisé dans la commune du même nom, au sud de la côte Caraïbe de la Dominique (Figure 6). Il domine de quelques dizaines de mètres, sur son flanc sud, la vallée qui débouche sur la mer au niveau du village. Il est situé au niveau d'un étrécissement de cette vallée près de son embouchure. Cette vallée s'élargit ensuite vers l'amont où elle forme un cirque cerné par les reliefs abrupts des mornes Acouma, Plat Pays et Patates. Les terrains de ce cirque semblent parfaitement adaptés pour l'agriculture. La rivière qui coule au fond de cette vallée provient d'une source sulfureuse ce qui rend son eau impropre à la consommation. Par contre, au niveau du gisement amérindien au bas du flanc nord de la vallée sourd une source d'eau douce. Aujourd'hui le gisement a très largement été recouvert par l'extension du village. C'est d'ailleurs cette extension qui est à l'origine de la découverte du site.

Figure 6 : Soufrière, la zone grisée indique l'emplacement du site saladoïde ancien.

Historique des recherches

Le site saladoïde ancien de la Soufrière a été découvert par M. Carl Winston en 1976 lors de travaux de terrassement au bulldozer, préliminaires au lotissement de la zone. Face à l'importance du matériel dégagé il a signalé ses découvertes au Dr. Honychurch. Après une première visite le Dr. Honychurch a fait appel au savoir faire de H. Petitjean Roget qui a réalisé un premier sondage de 3m2. Les résultats de ces travaux complétés par ceux d'une première prospection systématique de l'île ont été publiés dans les actes du 7éme congrès de l'Association Internationale d'Archéologie de la Caraïbe (H. Petitjean Roget, 1978). Ces travaux ont conclu à la présence d'un niveau d'occupation saladoïde ancien exceptionnellement bien conservé sous une couche de ponces. Suite à cette publication plus aucun travail n'a réalisé sur le site de Soufrière.

Opérations de terrain menées en 2005

Pour cette première année de sondage sur le site saladoïde ancien de Soufrière nous avons choisi de travailler dans la même parcelle de H. Petitjean Roget en 1976, une parcelle qui est restée vierge de toute construction. Tout comme lui, nous avons tout d'abord choisi de réaliser deux sondages manuels au niveau de la coupe fruit du travail du bulldozer en 1976, à l'ouest de l'emplacement supposé de son propre sondage. La puissance de la stratigraphie mise au jour dans ces sondages et la paléotopographie complexe qu'ils ont permis de découvrir nous a incité à compléter ces travaux par une tranchée mécanique à l'extrémité nord de la parcelle (Figure 7).

Figure 7 : Soufrière, plan des travaux réalisés en 2005.

Stratigraphie et paléotopographie

Dans les deux sondages, une stratigraphie comparable a pu être observée . La base de la stratigraphie correspond à une couche de sable grossier de couleur orangée. Ce niveau pourrait correspondre à une couche d'alluvions anciennes liée à la source sulfureuse. C'est sur ce niveau que se sont installés les amérindiens. La couche liée à leur occupation du site présente dans les sondages une épaisseur maximale de 40 cm. Elle est constituée d'un sédiment argilo-sableux brun enrichi en matière organique. Cette occupation saladoïde ancienne est scellée par une très importante couche de dépôts volcaniques d'une épaisseur comprise entre 1,50 m et 2,60 m. Enfin, la stratigraphie est complétée par une couche d'une cinquantaine de centimètres de terre végétale. Cette stratigraphie se distingue très nettement de celle observée à quelques mètres de distance par H. Petitjean Roget de par l'importance des dépôts pyroclastiques. Cela est lié à la paléotopographie particulière du secteur que nous avons sondé.

En effet, les deux sondages que nous avons réalisés se situent de chaque côté d'un paléochenal lié à l'écoulement des eaux le long des pentes du Morne Patate. Ainsi, en plus du pendage général sud-nord en direction du fond de vallée, nous avons pu observer dans nos sondages les bords de ce chenal marqué par un pendage orienté est-ouest. La tranchée mécanique de 12 m que nous avons réalisé au pied de la parcelle nous a permis à nouveau d'observer très clairement ce phénomène (Figure 9). La conséquence de ce contexte géomorphologique particulier est que les niveaux d'occupation précolombiens présentaient un fort pendage et n'étaient préservés que sur une partie de la surface du sondage ouest. L'histoire géologique complexe du gisement de Soufrière nécessitera lors des prochaines campagnes une étude plus approfondie associant l'analyse des données géomorphologiques et des données volcanologiques.



Le sondage Est

Le sondage Est de 2 m x 1 m a été implanté à proximité immédiate de la zone de fouille de 1976. La fouille a été réalisée manuellement, l'ensemble du sédiment a été tamisé et le matériel a été recueilli au sein de chaque unité stratigraphique par passe de 10 cm d'épaisseur en suivant le pendage naturel. Les niveaux volcaniques qui scellent la couche d'occupation amérindienne y ont plus de 2,50 m d'épaisseur. Le niveau archéologique y est conservé sur toute sa superficie mais présente un important pendage sud-nord lié à la pente général du Morne Patate associé à un fort pendage est-ouest correspondant aux rives du paléo-chenal.

Il s'est révélé très riche en matériel archéologique en place et particulièrement bien conservé. Ce matériel se compose presque exclusivement de tessons de céramique (342 pièces) associés à quelques restes de débitage.

Le sondage Ouest

Le sondage Ouest de 2 m x 1 m a été implanté en bordure ouest de la parcelle. La fouille y a été réalisée selon la même méthode que dans le sondage Est. Les retombées pyroclastiques y sont légèrement moins épaisses (entre 1,50 m et 2,40 m). Ce sondage intercepte partiellement le paléo-chenal de ce fait le niveau d'occupation n'y est préservé complètement que dans son tiers sud-ouest. Il a malgré tout livré une importante quantité fragments de céramiques (159 tessons) ainsi que quelques restes de débitage. Ces restes céramiques se présentaient souvent sous la forme de gros fragments de récipients fracturés en place (Figure 8). Ce fait témoigne de la faiblesse voire de l'inexistence des perturbations post-dépositionnelles. Cette impression est renforcée par la bonne qualité de conservation des pièces. Tout comme dans le sondage Est, aucun reste alimentaire n'a été découvert. Il s'agit malheureusement d'une situation classique dans les terrains volcaniques récents des Petites Antilles où la forte acidité du sédiment ne permet pas la conservation de ce type de vestiges.

Figure 8 : Soufrière 2005, Sondage Ouest, fragments de céramiques fracturés en place.

La tranchée Nord

La tranchée Nord de 12 m de long pour 50 cm de large a été implantée en limite aval de la parcelle afin de vérifier la conservation à ce niveau de la couche amérindienne ainsi que la position du paléo-chenal. La question de la conservation du niveau amérindien été en fait problématique dans cette partie nord du terrain qui avait été concernée par le passage du bulldozer en 1976. De fait, il n'a été observé dans la tranchée que sous forme relictuelle. Par contre, la tranchée a bien intercepté le paléo-chenal (Figure 9) et nous a permis de bien observer les dépôts alluviaux, correspondant vraisemblablement à d'anciennes terrasses, aux dépens desquels il est creusé.

Figure 9 : Soufrière, tranchée Nord, bord est du paléo-chenal rempli de retombée volcanique.



Le matériel céramique

La collection archéologique issue de nos travaux à Soufrière se compose quasi exclusivement de restes céramiques. Seuls moins d'une dizaine de restes de débitage viennent compléter la série. Il s'agit de quelques petits éclats et d'un nucléus en jaspe rouge. Nous nous attacherons dans le cadre de ce rapport à présenter les résultats d'une première analyse des restes céramiques. Le matériel provenant des deux sondages sera présenté de façon globale.

Analyse quantitative

En suivant la logique scientifique qui conduit la mission archéologique sud-Dominique, pour cette première analyse quantitative de la série céramique du site de Soufrière nous avons utilisé la même procédure que celle qui a servi à l'analyse des séries saladoïdes anciennes de Martinique (Bérard, 2004)2. Tous les fragments de céramique ayant une longueur maximale supérieure à 2 cm ont été analysés. Après ce premier tri, la série se compose de 501 pièces d'un poids total de 8469 g et correspondant à 525 unités de comptage3 (Tableau 2).

Elle se décompose en 14,5 % de bords (dont 1,5 % de bords de platines et 0,8 % d'extrémités de cylindres), 75,8 % de tessons de corps (dont 3,8 % de fond de platine et 0,6 % de panses de cylindres), 1,2 % de fragments d'encolure et de goulot, 4,4 % de bases et 4,2 % d'éléments de préhensions.

Concernant les bases, on observe une nette prédominance des fonds plats sur les bases annulaires et une absence de supports excentrés. Parmi les préhensions, on observe avec la plus grande fréquence les anses en oreille, puis viennent les anses verticales en "D" suivies par un petit nombre d'anse en tenons.

Tableau 2 : Soufrière, comptage des restes céramiques.

Pour ce qui est des décors près de 35 % des pièces en porte un. La technique le plus fréquemment utilisée est la peinture, suivie de l'incision puis du modelage. Les décors peints peuvent être monochromes (rouges), bi-chromes (rouges et blancs) ou tri-chromes (rouges, blancs et noirs). La peinture se trouve régulièrement associée aux deux autres techniques. Si l'incision peut intervenir seule, le modelage se présente dans la collection toujours associé à, au moins, l'une des deux autres techniques.

Les résultats de cette première analyse aussi bien en termes de pourcentage qu'en termes de présence/absence (Tableau 3) paraissent tout à fait en accord avec les conclusions des études réalisées sur les séries saladoïdes anciennes martiniquaises. Cette première constatation permet d'assurer l'attribution de l'occupation amérindienne de Soufrière à la phase saladoïde ancienne. Il est cependant encore un peu tôt, vu le caractère très préliminaire de la l'analyse ci-dessus, pour discuter sur des bases solides de la réalité du degré de proximité entre les différentes séries. Les résultats d'une analyse plus qualitative laisse cependant espérer qu'il pourrait être important comme nous allons le voir.

Tableau 3 : Soufrière, analyse en termes de présence/absence des restes céramiques.

Informations d'ordre typologique et iconographique.

La série que nous avons recueillie à Soufrière reste pour l'instant trop limitée pour qu'il soit possible de mener une analyse typologique et iconographique complète. Nous nous contenterons donc ici de présenter quelques éléments ponctuels.

D'un point de vue typologique, quelques éléments reconstitués nous permettent d'avoir quelques données. Il s'agit essentiellement de quatre pièces : un fragment de coupe avec un marli incisé, une base annulaire de coupe, un fragment de vase tronconique et un fragment de vase caréné rond polychrome. Chacun de ces éléments a pu être intégré très aisément à la typologie de la céramique saladoïde ancienne définie à partir des séries martiniquaises (Figures 10, 11 et 12).

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Figure 10 : a. Soufrière (Dominique), fragment de coupe à marli incisé, b. Vivé (Martinique), coupe à Marli incisé (les deux éléments sont à la même échelle).

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Figure 11 : a. Soufrière (Dominique), fragment de vase caréné rond polychrome, b. Vivé (Martinique), Vase caréné rond polychrome (les deux éléments sont à la même échelle).

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Figure 12 : a. Soufrière (Dominique), fragment de vase tronconique évasé, b. Vivé (Martinique), Vase tronconique évasé.

Pour ces différents exemples, la convergence avec les pièces martiniquaises est liée non seulement à la morphologie générale des récipients mais aussi au module des pièces, aux techniques utilisées pour les décorées ainsi qu'aux motifs dont elles sont porteuses.

Cette grande proximité au niveau iconographique entre les pièces provenant de Soufrière et celles venant de Martinique se remarque aussi sur d'autres éléments comme les anses en oreilles aux décors modelés et incisés ou les adornos (Figure 13).

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Figure 13 : Site de Soufrière, a. Anses en oreilles aux décors modelés incisés, b. Adornos trichrome.

Enfin, au-delà de la convergence avec les séries martiniquaises, si le doute était encore permis concernant l'attribution chronologique de l'occupation amérindienne de Soufrière, on retrouve dans la série tous les types de décors caractéristiques de la phase Saladoïde ancienne comme les motifs grillagés (Figure 14).

Figure 14 : Site de Soufrière, tessons à motif grillagé.

Ainsi, la céramique provenant du site de Soufrière semble se prêter particulièrement bien au type d'étude comparative que nous souhaitons entreprendre dans le cadre de ce programme. Les résultats préliminaires que nous présentons ici semble témoigner en faveur d'une très forte similarité entre les séries martiniquaises et le matériel de Soufrière. Cependant, il est trop tôt pour aller au-delà de cette simple constatation. Une réelle discussion concernant la valeur de cette similarité ne pourra être menée qu'après une étude plus approfondie et surtout plus élargie, intégrant plus de matériel provenant de Soufrière, d'autres séries dominiquaises ainsi que du matériel provenant d'autres îles des Petites Antilles.

Conclusion

Malgré les difficultés que nous avons rencontrées pour accéder au niveau amérindien du fait de la puissance des dépôts volcaniques et malgré la paléotopographie particulière de la zone que nous avons exploitée, les résultats obtenus cette année à Soufrière son particulièrement encourageants. Ils seront complétés rapidement par deux datations radiocarbones et par une analyse sédimentologique à partir des échantillons que nous avons déjà recueillis. Il nous paraît donc essentiel de poursuivre nos recherches sur ce site lors d'une prochaine campagne. Le site de Soufrière correspond, en effet, exactement au type de gisement que nous recherchions en venant en Dominique. Malheureusement, il sera difficile de l'exploiter de façon extensive du fait de son recouvrement partiel par le village actuel. Il nous sera donc possible d'intervenir uniquement dans les parcelles non loties qui restent heureusement, relativement nombreuses. Notre objectif est d'ouvrir une fouille de quelques dizaines de mètres-carrés dans l'une de ces parcelles et d'en sonder un certain nombre d'autres. L'emploi de moyens mécaniques nous permettra un dégagement rapide de l'importante couche de retombées pyroclastiques.





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Last modification : 16/12/2005 - 01:42