Localisation
Le site de Pointe Mulâtre est localisé
à l'extrême sud de la côte Atlantique de la
Dominique à proximité du petit village de Délices
(Figure 4). Il surplombe d'une dizaine de mètres la vallée
formée par l'embouchure des rivières Pointe Mulâtre
et Subaya et est limité à l'est par l'Océan
Atlantique. Le gisement amérindien proprement dit se trouve
sur les terrains appartenant à Mme Blomquivst. Ce terrain est
actuellement exploité en pâturage à boeufs, mais
il était planté de bananes au moment de la découverte
du site.
Figure 4 : Localisation du site de
Pointe Mulâtre (la zone grisée marque l'emplacement du
gisement).
Historique des Recherches
Ce site a été identifié par
L. Honychurch lors du creusement de la route menant à Pointe
Mulâtre. Il y avait récolté alors quelques
fragments de céramique pouvant se rattacher à la phase
saladoïde ancienne mais aussi certains pouvant être plus
tardif. Ce matériel dans son ensemble présentait un
niveau d'érosion relativement important. Depuis ces
découvertes et jusqu'à la prospection rapide que nous
avons réalisée avec L. Honychurch lors de la mission
préparatoire de cette opération en mai 2004, aucune
opération archéologique n'a concerné ce
gisement.
Opérations de terrain menées en
2005
Le site de Pointe Mulâtre est le premier que
nous ayons exploré cette année. Nos travaux ont débuté
avec une rapide prospection de surface qui nous a permis de confirmer
la présence de matériel précolombien appartenant
à différentes phases de l'occupation amérindienne
des Petites Antilles. L'essentiel du matériel a été
découvert dans la partie la plus haute du site est dans les
coupes naturelles formées par la rivière Pointe Mulâtre
et l'Océan Atlantique. Il a ensuite été décidé
d'ouvrir trois sondages dans le site d'un mètre carré
chacun. La fouille de ces sondages a été réalisée
manuellement et le matériel a été ramassé
par sondage et par couche stratigraphique. Lorsqu'une couche
stratigraphique dépassait 10 cm d'épaisseur le matériel
à été ramassé par passes successives de
10 cm d'épaisseur. L'ensemble du sédiment extrait de
ces sondages a été tamisé.
Sondage 1
Le sondage 1 a été implanté à
17 m de la petite falaise dominant l'océan. Le sondage a été
conduit sur une trentaine de centimètres de profondeur jusqu'à
un niveau rocheux constituant la base de la stratigraphie du
gisement. La stratigraphie du sondage 1 est faiblement développée,
elle se constitue d'une unique couche de terre végétale
surmontant le substrat rocheux.
Ce premier sondage s'est révélé
quasiment stérile. Un unique tesson caréné y a
été découvert dans la terre végétale
entre 10 et 20 cm de profondeur. Cette pièce ne porte aucune
décoration et a une épaisseur maximale de 7 mm. Le
faible développement de la stratigraphie dans le sondage 1
s'explique sans aucun doute par une érosion active le long de
la pente légère qui existe en ce lieu en direction de
l'Est.
Sondage 2
Le sondage 2 a, lui, été installé
sur le replat constituant le point culminant de la parcelle. Il a
d'ailleurs livré une stratigraphie légèrement
plus développée, constituée toujours cependant
d'une unique couche de terre (environ 40 cm d'épaisseur)
surmontant la couche d'amas rocheux. Vingt-quatre tessons y ont été
découverts dans les 20 premiers centimètres de la
stratigraphie, dont 17 entre 10 et 20 cm de profondeur. Les vingt
derniers centimètres de terre végétale se sont,
eux, révélés stériles.
Sondage 3
Le sondage 3 a été implanté
plus à l'intérieur des terres, de l'autre côté
de la route qui coupe en deux le site. Il a livré une
stratigraphie en tout point comparable à celle du sondage 2.
Malheureusement, il n'a livré qu'un seul tesson dans le
quatrième décapage soit entre 30 et 40 cm sous la
surface.
Synthèse
Ainsi, le site de Pointe Mulâtre est
caractérisé par une stratigraphie peu développée.
La couche archéologique située très près
du sol actuel a malheureusement fortement été perturbée
par l'érosion et les travaux agricoles. Aucun des trois
sondage n'a livré de matériel archéologique en
place et le mauvais état de conservation des restes céramiques
que nous avons découverts témoigne de l'importance des
perturbations post-dépositionnelles.
Le matériel archéologique
Le matériel archéologique provenant
du gisement de Pointe Mulâtre se compose exclusivement de
restes céramiques. La très faible collection provenant
des 3 sondages que nous avons réalisés (26 pièces)
a été complétée par le fruit de la
prospection de surface systématique que nous avons conduite
sur le site. Ce sont au total 85 pièces que nous avons
recueillies (sondages et prospection). Du fait de l'absence quasi
totale de sédimentation identifiée dans les sondages,
nous présenterons l'ensemble de la série de façon
globale (Tableau 1).
La céramique provenant de Pointe Mulâtre
est premièrement caractérisée par son important
degré de fragmentation et son fort niveau d'érosion.
L'importance de ces perturbations post-dépositionnelles est
vraisemblablement la raison de la très faible quantité
de pièces décorées que nous avons pu observer.
En effet, seules 5 pièces sur 85 présentent un décor
et sur 4 d'entre-elles il n'est présent que sous la forme de
traces. Les décors peints ainsi que les motifs incisés
finement très caractéristiques de la céramique
saladoïde semblent avoir pour l'essentiel disparus.
La série se compose de 13 bords, 4 fond, 1
anse et 67 éléments de corps. Un premier classement des
bords a été effectué. Ils se divisent en 4 bords
simples, 3 bords épaissis triangulaires, 2 bords épaissis
arrondis, 1 bord anguleux et 3 bords de platines à manioc. Les
4 fragments de fond correspondent à des fonds plats et l'anse
est une anse en ruban. Pour les éléments de corps en
l'absence quasi totale de décors nous nous sommes attachés
à l'analyse de leur épaisseur. Ils ont une épaisseur
moyenne de 9,9 mm (écart-type : 2,9).
Figure 5 : Pointe Mulâtre,
pièces saladoïdes anciennes.
Si certaines pièces recueillies lors de la
première prospection que nous avions effectuée à
Pointe Mulâtre en 2004 peuvent indiscutablement être
associés à la phase saladoïde ancienne (Figure 5)
différents indices nous laissent à penser que la
collection pourrait correspondre à un mélange
d'éléments appartenant à différentes
d'occupation du site. Ainsi, la forte proportion des bords épaissis
est un des éléments caractéristiques de la
distinction entre la phase saladoïde ancienne et la phase
saladoïde moyenne/tardive. De plus, la céramique
saladoïde ancienne est remarquable par sa finesse (épaisseur
moyenne 6 mm). Si la collection de Pointe Mulâtre comprend des
éléments fins, elle présente une forte
hétérogénéité à ce niveau.
Malheureusement en l'absence de décors, qui sont les meilleurs
éléments de caractérisation culturelle dont nous
disposons, il est difficile d'aller plus loin dans ce sens.
Conclusion
Le site de Pointe Mulâtre est très
vraisemblablement un site à occupations multiples dont une des
composante appartient à la phase saladoïde ancienne.
Malheureusement, il a été la victime d'importantes
perturbations (érosion et travaux agricoles) et ne présente
plus maintenant que peu d'intérêt pour la recherche
archéologique. Les travaux réalisés cette année
ont permis d'attester la présence d'une occupation saladoïde
ancienne en ce lieu et cette information nous sera utile dans le
cadre de nos études sur le mode d'occupation de l'espace
dominiquais adopté par ces groupes. Il ne nous semble
cependant pas nécessaire de poursuivre les recherches sur ce
site dans les années à venir.
Tableau 1 : Pointe Mulâtre, comptage
des restes céramiques.
|