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OPERATION SUD DOMINIQUE 2005

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Equipe :

  • Benoit Bérard, Professeur Contractuel, Université des Antilles et de la Guyane.
  • Patrick Catalan, Martinique
  • Françoise Chavigner, France
  • Mike Eichorn, Etudiant University of Vermont
  • Jean-Pierre Giraud, Conservateur Régional de l'Archéologie Languedoc-Roussillon
  • Lennox Honychurch, University of West Indies
  • André Noël, Musée Départemental d'Archéologie et de Préhistoire de la Martinique
  • Jim Petersen, Lecturer University of Vermont
  • Ryan Ruddy, Etudiant University of Vermont
  • Josh Toney, Doctorant University of Florida
  • Brett Wikow, Etudiante University of Vermont

Avant-Propos

La Dominique est une sorte de terra incognita de l'archéologie précolombienne antillaise. Ainsi nous avons eu cette année l'impression de nous retrouver parfois dans la situation des premiers chercheurs ayant travaillé dans la zone, il y a un demi-siècle. C'est une situation qui présente de bons et de mauvais côté. En effet, s'il est évident que partir de loin tout en ayant des objectifs scientifiques qui se veulent ambitieux n'est pas toujours aisé, il est par contre particulièrement enthousiasmant de se retrouver dans un espace quasi vierge riche de l'expérience d'un demi-siècle d'archéologie dans les Petites Antilles.

Le travail de terrain durant le mois de juillet dans le cadre d'une équipe internationale s'est révélé particulièrement intéressant. Malheureusement, quelques semaines après la fin de la campagne, la mission archéologique Dominique sud a été endeuillée par le décès brutal de son vice-directeur James Petersen, professeur à l'Université du Vermont. Ce rapport est lui est dédié.

Les travaux de terrain s'étant achevés fin juillet, nous n'avons disposé que de peu de temps pour réaliser ce rapport. Il ne présente dont que des résultats préliminaires car différentes analyses sont encore en cours au moment où nous écrivons ces lignes. Ces premières données nous semblent cependant prometteuses.

La Mission Archéologique Dominique-sud

La mission archéologique Dominique-sud du ministère français des affaires étrangères a connu en 2005 sa première année de fonctionnement. Elle est le fruit d'une collaboration internationale entre des chercheurs de l'université des Antilles et de la Guyane, de l'University of the West Indies et de l'University of Vermont. Ce programme est spécifiquement consacré à l'étude des premiers groupes agro-céramistes de l'arc antillais.

L'introduction des cultures céramistes dans l'archipel antillais est liée à la migration de groupes originaire d'Amérique du Sud et plus précisément du Bassin de l'Orénoque. Ces groupes associés à la phase saladoïde cedrosane ancienne vont ainsi rapidement peupler les Antilles de Trinidad à Puerto Rico au cours de la deuxième moitié du premier millénaire avant notre ère. La réalité de ce phénomène pionnier a été identifiée depuis longtemps. Cependant, nous ne possédons que peu d'informations concernant les mécanismes socio-économiques qui lui sont liés. Cette réalité est due pour partie au développement tardif de la recherche archéologique dans les Antilles mais aussi aux difficultés liées au morcellement géopolitique post-colonial de la région. En effet, ce morcellement géopolitique a rendu jusqu'à présent difficile la réintégration par les archéologues des cultures amérindiennes dans l'espace géographique qui était leur, un espace terrestre mais aussi maritime.

Nous avions mené entre 1996 et 2003 un important travail de recherche financé par le ministère de la culture concernant les premières occupations agro-céramistes martiniquaises (Bérard, 2004). Elles sont toutes localisées sur les côtes, dans le quart nord-est de l'île, face à la Dominique. L'île de la Dominique n'en est éloignée que d'une quarantaine de kilomètres. Il s'agit d'un espace quasiment vierge en ce qui concerne la recherche archéologique. Cependant, quelques prospections réalisées dans les années 70 ont permis de mettre en évidence l'existence de sites saladoïdes cédrosans anciens dans le sud de l'île face aux sites martiniquais contemporains (sites de Soufrière, de Canefield et de Pointe Michel). Ces sites peuvent être datés entre 2200 et 1400 B.P. soit entre le IIème siècle avant J.-C. et le VIème siècle après J.-C.. Notre objectif est donc de développer un programme de recherche global concernant ces occupations sur les mêmes bases que ce qui a été réalisé en Martinique entre 1996 et 2003 ou que les travaux qui ont été conduits récemment dans le nord des Petites Antilles (Anguilla, Monserrat, etc..).

Il doit s'appuyer tout d'abord sur un important ensemble de recherches de terrain avec au moins la fouille extensive d'un gisement, la réalisation de sondages dans d'autres sites contemporains et la conduite d'une prospection systématique dans la zone géographique qui nous intéresse. La réalisation d'une vaste fouille en aire ouverte doit ,nous permettre d'obtenir les éléments nécessaires à la compréhension de l'organisation des activités au sein des villages de ces groupes pionniers agro-céramistes. De plus, elle nous offrira le matériel suffisant pour obtenir une caractérisation culturelle précise de ces populations sur la base d'analyses typo-technologiques mais aussi iconographiques. Ces travaux permettront de tester les outils conceptuels qui ont été développés à partir de l'étude des sites martiniquais. Les données ainsi obtenues pouront alors être comparée avec celles que nous avons déjà obtenues grâce à la fouille des sites de Vivé (Martinique) et de Trants (Monserrat). Le programme de sondages et la prospection ont pour objectif de réaliser une étude micro régionale (intra-insulaire) des gisements se rattachant à cette phase chronologique. Nous pourrons ainsi dégager les critères présidant au choix du lieu d'implantation des villages ainsi que le mode de gestion de l'espace insulaire dominiquais choisi par ces groupes d'origine continentale. Enfin, l'étude de l'origine des matières premières lithiques exogènes, dont la présence nombreuse est caractéristique des sites saladoïdes anciens, nous permettra de replacer cet ensemble dominiquais au sein de l'espace caraïbe. L'ensemble de ces travaux sera, bien entendu, soutenu par la réalisation d'un cortège significatif de datations absolues.

La comparaison des résultats obtenus en Dominique avec ceux que nous possédons déjà pour la Martinique, Monserrat et certaines autres îles doit nous permettre de discuter de la nature des mécanismes économiques et sociaux à l'origine du phénomène pionnier agro-céramiste au sein de l'arc Antillais. De même, il sera alors possible de nous interroger sur la structure interne du vaste ensemble culturel issu de cette migration. Ce travail devrait aboutir, entre autres, à une révision de la notion de "complexe" qui est l'unité chrono-géographique minimale "traditionnellement" utilisée dans l'archéologie antillaise. Jusqu'à présent ces unités sont étroitement corrélées à chaque île des Petites Antilles sans que cette hypothèse n'ait fait l'objet d'une réelle validation. Nos travaux devraient nous permettre de déterminer si, pour les populations amérindiennes, la mer constituait un lien ou bien une frontière. En effet, la perception actuelle de l'Arc Antillais marquée par un important morcellement géopolitique issu de la décolonisation n'a vraisemblablement aucun rapport avec celle des populations précolombiennes. Enfin, les résultats de cette recherche viendront nourrir une réflexion que nous avons entamée concernant les phénomènes pionniers agro-céramistes dans les espaces archipéliques. Cette réflexion menée en collaboration avec des chercheurs travaillant dans d'autres zones géographiques s'appuie principalement sur la comparaison des données antillaises avec celles provenant de Mélanésie et de Polynésie occidentale.





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Last modification : 16/12/2005 - 01:24