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Étant nouveau dans ce programme et chargé d'interpréter le milieu naturel amérindien, à
partir des découvertes archéologiques botaniques de sites martiniquais, j'ai voulu réaliser une
bibliographie basée essentiellement sur les chroniqueurs et premiers voyageurs découvreurs des
Petites Antilles, avec l'espoir de trouver des descriptions de milieux et des citations de plantes
utilisées par les amérindiens lors de la découverte de ces terres. Voici une première liste
bibliographique sachant qu'il existe encore des manuscrits inédits à la bibliothèque nationale et
qui sait, dans d'autres lieux.
Bibliographie du programme " archéobotanique de la Martinique "
- Anonyme,
- 1776 - Dissertation sur les Pesches des Antilles, réédit., avec identification de la terminologie
botanique par J. BARRAU et al. Centre de Recherches Caraïbes, Université de Montréal 68 p.
1975.
- ATWOOD T.,
- 1791 - The history of the island of Dominica, a description pf its situation, extent, climate,
mountains rivers, natural productions, imp. Johnson. 285 p.
- BARRERE P.,
- 1741 - Essai sur l'histoire naturelle de la France équinoxiale ou dénombrement des plantes,
des animaux et des minéraux, Paris, ed. Piget. 215 p.
- BERTIUS P.,
- 1622 - Description d'Amérique qui est le nouveau monde, tirée des tableaux géographiques de
Petrus Bertius, Amsterdam, éd. E. Colin, 254 p. cartes.
- BOUTON J.,
- 1640 - Relation de l'establissement des Français depuis l'an 1635 en l'isle de la Martinique,
l'une des Antilles de l'Amérique, Paris, ed. S. Cramoisy, 141 p.
- BRETON (R.P.) R.,
- 1647 - Relation de l'isle de la Guadeloupe, Bibl. Nat., Manuscrits français 24974,
Basse-Terre, pub. Société d'Histoire Naturelle de la Guadeloupe, 1978, tome 1, 214 p.
- 1665 - Dictionnaire Caraïbe-Français meslé de quantité de remarques historiques pour
l'éclaircissement de la langue, Auxerre, éd. Gilles Bouquet, 480 p.
- CHAMPLAIN S.,
- 1870 - Brief discours des choses remarquables que Samuel de Champlain de Brouage a
reconnu aux Indes occidentales au voyage qu'il a faict en icelles (1599-1601), éd. C.H. Laverdière,
Québec, tome 1.
- CHATILLON M.,
- 1984 - Lettre du R.P. Mongin ; Bull. Soc. Hist. de la Guadeloupe 61-62, 136 p.
- COPPIER G.,
- 1645 - Histoire et voyage des Indes occidentales et de plusieurs autres régions maritimes et
esloignées, Lyon , éd. J. Hugetau, 186 p.
- DODOENS R.,
- 1557 - Histoire des plantes en laquelle est contenue la description entière des herbes, c'est à
dire leurs espèces, formes, noms, tempéraments, vertus et opérations : non seulement de celles qui
croissent en ce pays mais aussi des autres estrangères qui viennent en usage de médecine. Anvers,
trad. Ch. De l'Ecluse 584 p.
- DU PUIS (R.P.) M.,
- 1652 - Relation de l'establissement d'une colonie française dans la Guadeloupe, isle de
l'Amérique et des m?urs des sauvages. Basse-Terre, réed. Société d'Histoire de la Guadeloupe,
1972, 248 p.
- DUSS (R.P.),
- 1897 - Flore phanérogamique des Antilles françaises. Macon, éd. Protat, réédité par la
société de distribution et de culture, Fort de France, 1972, 656 p.
- DU TERTRE (R.P.) J.B.,
- 1667-1671 - Histoire générale des Antilles habitées par les français, tome II,
réédition exécutée d'après éd. Th. Jolly 1667-1671, Fort de France, éd. Horizons caraïbes, 501 p.
- FEUILLEE (R.P.) L.,
- 1725 - Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques faites par
ordre du Roi sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale et aux Indes occidentales,Paris, éd. J.
Mariette, 426 p.
- FROGER F.,
- 1698 - Relation d'un voyage fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique, détroit de
Magellan, Brésil, Cayenne et isles Antilles par une escadre de vaisseaux du Roy, commandée par M.
de Gennes. Paris, éd. Brunet, 220 p., rééd. Hachette 1972.
- GIROD de CHANTRANS J.,
- 1782 - Voyage d'un suisse dans différentes colonies d'Amérique, rééd. 1980,
Paris, éd. Tallandier, 278 p.
- HARLAN J.R. ,
- 1987 - Les plantes cultivées et l'homme, Paris, éd. P.U.F., 414 p., tableaux, cartes.
- HATZENBERGER F.
- 1966 - Essai sur l'évolution des écosystèmes végétaux en Martinique et Guadeloupe
au cours des trois derniers siècles. Biogeographica 70 (3) :139-154.
- 1996 - L'évolution géohistorique des écosystèmes végétaux dans les Antilles. Thèse de
Doctorat de l'Université PARIS VI. 525 p.
- LABAT J.
- 1722 et 1742 - Nouveau voyage aux isles de l'Amérique, contenant l'histoire naturelle de ces
pays, l'origine, les moeurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes, les
guerres et les évènements singuliers qui y sont arrivez & le commerce et les manufactures qui y sont
établies, Paris, imp. G ; Cavelier, 6 vol., plans, cartes, planches, pour la 1° éd. ; imp. J.-B.
Delespine, 4 vol., plans, cartes et planches pour la 2° éd.
- LABORDE S. de,
- 1704 - Relation de l'origine, m?urs, coutumes, religions, guerres et voyages des
Caraïbes, sauvages des isles Antilles de l'Amérique, Amsterdam, éd. A. Braakman.
- LEBLOND J.-B.,
- 1813 - Voyage aux Antilles et à l'Amérique méridionale commencé en 1767 ey fini en 1802,
Paris, éd. Arthus-Bertrand, 474 p.
- LEDRU A.P.,
- 1810 - Voyage aux isles de Teneriffe, la Trinité, St-Thomas, Ste. Croix et Porto-Rico, exécuté
jusqu'au 7 juin 1798 sous la direction du capitaine Baudin, pour faire des recherches et des
collections relatives à l'Histoire naturelle, Paris, éd. A. Bertrand, tome 1 et 2, 315 et 324 p
- LEONARD N ;-G.,
- an VII -1798 - Lettre sur un voyage aux Antilles, 1787-1798, in ?uvres de léonard,Paris,
pub. V. Campenon, imp. Didot jeune, 3 vol.
- MAURILE de S. MICHEL R.,
- 1652 - Voyage des Isles camercames en l'Amérique qui font partie des Indes
occidentales, Le Mans, imp. H. Olivier, 434 p.
- MAY L.-P.,
- 1932 - La plus ancienne relation de voyage aux colonies françaises des Antilles, in Revue
Terre, Air - Mer - La géographie, pub. Soc. Géographie et Soc. d'éd. géographiques maritimes et
coloniales, juillet -août, auteur présumé R.P. Pacifique de Provins, entre octobre 1639 et octobre
1640.
- MONTBRUN C.,
- 1984 - Les Petites Antilles avant Christophe Colomb, éd. Karthala, Paris, 172 p.
- MOREAU J.-P.
- 1992 - Les Petites Antilles de Christophe Colomb à Richelieu (1493-1635), éd. Karthala,
Paris, 315 p., doc . et annexes.
- RICHARD de TUSSAC F.,
- 1808 - 1818 - 1824 - 1827 - Flore des Antilles ou Histoire générale botanique,
rurale et économique des végétaux indigènes des Antilles et des exotiques qu'on est parvenu à
naturaliser, éd. Auteur et F. Schoell, Paris, 4 vol .
- ROCHEFORT C. de,
- 1658 - Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l'Amérique, Rotterdam, lib.
Leer, 528 p.
- THIBAULT de CHANVALLON J.-B.,
- 1763 - Voyage à la Martinique, contenant diverses observations sur la
physique, l'histoire naturelle, l'agriculture, les m?urs et les usages de cette isle, faites en 1751 et
dans les années suivantes, Paris, éd. CI.J.B. Bauche 192 p. et tableaux.
- YACOU A. et ADELAIDE-MERLANDE J.,
- 1993 - La découverte et la conquête de la Guadeloupe, Paris et
Guadeloupe, éd. Karthala et Cerc, 303 p.
Une première analyse de ces ouvrages nous enseigne que la Martinique, comme
l'ensemble des Petites Antilles, était essentiellement couverte de forêts. Tenant compte de notre
connaissance actuelle des milieux antillais et d'espèces citées, les implantations amérindiennes
étaient plutôt en zones mésophiles.
Cependant la végétation devait présenter quelques ouvertures, les falaises et affleurements
rocheux, les chablis dont beaucoup provoqués par les cyclones, les "habituées" des amérindiens
soit en cours de culture, soit récemment abandonnées.
Dans les "jardins", on trouve toute une gamme de plantes introduites : le manioc (Manihot
esculenta), le tabac (Nicotiana tabacum L.), la tomate (Solanum lycopersicum), le roukou (Bixa
orellana). Le milieu naturel était très utilisé, bois divers dont le gaïac (Guaiacum officinale) et
l'acajou (Swietenia mahagoni) pour les constructions, l'arouman (Ichnosiphon arouma) pour les
vanneries, le génipa (Genipa americana) pour les peintures corporelles. Si certaines
déterminations ne posent pas trop de problème, d'autres par contre sont plus délicates, par
exemple qu'entend-on par roseau ? Il n'y avait pas de roseaux aux Antilles au sens européen du
terme, dans la mesure ou l'Arundo donax et le Phragmites australis ont été introduits après
l'arrivée des européens. S'agit-il de Cypéracées du genre Eleocharis appelées localement jonc ? à
moins qu'il ne s'agisse de l'arouman, grande herbe dressée qui pousse en zones marécageuses et
dont les larges feuilles peuvent être utilisées pour confectionner toitures et murs des cases ? Divers
auteurs déterminent le latanier, Coccothrinax barbadensis. Or ce palmier possède des feuilles
composées palmatiséquées et non composées pennées (du type cocotier). Or d'après mon
expérience guyanaise, ce sont les feuilles de palmiers composées pennées qui sont utilisées pour
faire les toits des carbets. Si cela était ainsi au temps des amérindiens des Antilles, dans la mesure
où le cocotier n'existait pas à cette époque, il s'agirait alors de Syagrus amara assez présent en
forêt mésophile ou éventuellement des deux espèces de Geonoma, moins généreux en feuilles et
vivant en forêt hygrophile.
Pour l'année 2002, je me propose :
- de compléter la bibliographie, par l'ajout de documents d'archive et de travaux paléobotaniques,
- de rédiger un texte de synthèse qui pourrait être un article, sur l'interprétation possible des milieux antillais au
temps des amérindiens, avec des plantes présentes et éventuellement leurs
usages; ceci devrait aider à une interprétation des restes végétaux archéologiques trouvés sur les
sites.
Le Dépouillement des chroniqueurs français du XVIIéme siècle
Dans le cadre de l'étude que nous avons entreprise de la relation existant entre les
amérindiens et leur environnement végétal, le dépouillement des chroniqueurs français du
XVIIéme siècle nous paraissait un point intéressant. D'autant plus que le travail de recherche en
archives ayant déjà été effectué par L. Verrand (Verrand, 2001) nous pouvions directement
entamer l'interprétation des données.
Nous avons dans un premier temps cherché à identifier l'origine géographique des
espèces décrites (cf. tableau ci-dessous). Sur les 21 noms que nous avons pu rapprocher d'une
plante connue, 13 sont des espèces américaines, 4 ont été introduites par les européens, une seule
est spécifiquement antillaise. Il n'a pu être attribuée une origine certaine aux trois dernières.
Quelques remarques sur ces résultats. Tout d'abord, on peut remarquer l'importance
des espèces consommées existant sur le continent américain. Que leur introduction dans les
Antilles soit due à des phénomènes naturels ou anthropiques, nous ne pouvons encore le
déterminer. On peut juste remarquer que les amérindiens, originaires de la même zone
géographique que ces plantes, ont continué à avoir une relation privilégiée ave elles après leur
arrivée dans les îles. Enfin, il faut noter la place déjà importante des espèces originaires de
l'Ancien Monde et ce avant même la colonisation véritable de ces îles par les puissances
européennes (Anonyme de Carpentras, 17 ? ?).
En conclusion les chroniqueurs se révèlent peu à même de répondre aux questions
qui sont les nôtres concernant l'environnement végétal au sein duquel vivaient les amérindiens et
les relations qu'ils entretenaient avec celui-ci. Ils témoignent surtout de la rapidité à laquelle les
écosystèmes antillais ont été modifiés par le contact avec les européens.
| Produits Consommés |
Nbre de citations |
Horticulture |
Non précisé |
Origine supposée |
| Acajou (pomme cajou) |
1 |
|
X |
Amérique |
| Ananas |
5 |
3 |
|
Amérique |
| Ayouibouli (Chardon) |
1 |
|
X |
? |
| Banane |
6 |
2 |
|
Importation |
| Cacao |
1 |
|
X |
Amérique |
| Cachiman (Corossolier) |
1 |
|
X |
Amérique |
| Canne à sucre |
5 |
1 |
|
Importation |
| Choux caraïbes |
1 |
1 |
|
Amérique caraïbes |
Couchou |
1 |
1 |
|
Amérique |
| Couchou (Igname) |
1 |
|
X |
Amérique |
| Coubary |
2 |
|
X |
Amérique/Antilles |
| Citron |
1 |
1 |
|
Importation |
| Dicacou |
1 |
|
X |
? |
| Eria (Racine) |
1 |
|
X |
? |
| FËves |
1 |
1 |
|
? |
| Figues |
1 |
1 |
|
? |
| Giromon |
1 |
1 |
|
Importation |
| Goyave |
1 |
1 |
|
Amérique |
| Maïs |
1 |
1 |
|
Amérique |
| Mamin |
1 |
|
X |
(Corossol) Am. |
| Manioc |
8 |
4 |
|
Amérique |
| Melon |
1 |
|
X |
Importation ? |
| Mombain |
1 |
|
X |
Amérique |
| Palmiste |
1 |
|
X |
(choux) Antilles |
| Patate (douce) |
7 |
4 |
|
Amérique |
| Piment |
5 |
1 |
|
Amérique |
| Pois |
1 |
1 |
|
? |
| Raisin |
1 |
|
X |
Antilles/import |
| TOTAL : |
27 |
15 |
12 |
|
- Tableau d'après Verrand, 2001.
- Les chiffres de la deuxième colonne correspondent au nombre d'auteurs citant le produit.
- Les chiffres de la colonne 3 correspondent au nombre d'auteurs citant le produit comme cultivé.
- Après première analyse par C. Sastre. La notation " Amérique " correspond aux espèces originaires du
continent américain, la notation " Importation " correspond aux espèces originaires de l'ancien monde, la
notion " Antilles " correspond aux espèces spécifiquement antillaises (colonne 5).
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| Christophe Tardy |
| Rapport anthracologique du Site archéologique de Vivé (Martinique) |
| Retour à la table des matières |
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Au point de vue phytogéographique les Antilles appartiennent à la Region Caribea qui
englobe en outre une partie du Mexique et la partie la plus septentrionale de la Colombie
(Schnell, 1987). Un grand nombre de types de végétation y est observé par la diversité du milieu
physique, la dimension des îles, l'altitude, le substrat, l'influence du volcanisme et également par
suite du fort gradient de précipitation selon l'exposition qui contribue au contraste très important
de l'étagement des formations végétales qui peut passer en quelques kilomètres de type arbustif
très sec (xérophiles) à des forêts hyper-humides (hygrophiles) en passant par des niveaux
intermédiaires (mésophiles) Les groupements végétaux se disposent suivant trois étages
bioclimatiques principalement induits par les précipitations : inférieur, supérieur et montagnard.
Ecologiquement parlant, le site de Vivé est situé au niveau de la série mésophytique
conditionnée par les bioclimats tropicaux inférieurs assez humide (PORTECOP, 1979) sous des
conditions allant de 1500 à 2200 mm de pluviosité annuelle. On retrouve principalement dans
cette série : la forêt mésophile, les faciès xéro-mésophytiques et riverains et les différents stades de
régression. La série mésophytique qui représente une superficie de 70 000 hectares est la plus
importante de l'île, elle se répartit suivant l'exposition, de 10 à 300 mètres d'altitude sur la " côte
au vent " et de 300 à 500 mètres sur la " côte sous-le-vent ".
1. L'environnement actuel de Vivé.
Le proche environnement du site de Vivé est caractérisé par plusieurs milieux écologiques très
différents puisqu'il se situe notamment sur la frange littorale de la côte au vent et bénéficie donc
d'une forte influence marine. On note l'existence d'un faciès sableux et d'un faciès rocheux où
se trouve la Forêt Domaniale de la Crabière. La présence d'une zone marécageuse en arrière-
plage et la proximité d'un cours d'eau avec une ripisylve complètent la diversité. Le site
archéologique en lui-même est localisé au sein d'une bananeraie dans une plaine sableuse à
quelques centaines de mètres du bord de mer, où aucune végétation originelle ne semble avoir
résisté et où seules les haies, les lisières de chemin et les ravines contiennent des essences ligneuses.
1.1. Les formations littorales
D'un côté se présente un faciès sableux en direction de Basse Pointe : une plage à Patate
Bord de mer (Ipomea pes-caprae) et avec la possible présence du Mancenillier (Hippomane
mancinella) mais surtout dominée par un rideau de Raisinnier-bord-de-mer (Coccoloba uvifera),
de l'autre un faciès rocheux en direction du Lorrain avec des falaises couvertes notamment de
Raisinniers et aussi de Bois-chandelle (Erithalis fruticosa) qui forment des fourrés denses dans les
parties abruptes et les escarpements ainsi que le Bois-bracelet (Jacquinia barbasco).
La zone marécageuse en arrière plage est principalement constituée d'herbacées avec des
Graminées et des Cypéracées, quelques bosquets d'arbres subsistent principalement constitués
d'essences héliophiles, rudérales, de nombreuses lianes et d'espèces introduites comme le Ricin
(Ricinus communis), nous n'avons pas observé à proprement parler d'arbres typiques de la forêt
marécageuse tel que le Mangle-médaille (Pterocarpus officinalis) ni d'éléments de Mangrove.
1.2. La ripisylve
La forêt riveraine est principalement caractérisée par les Savonnette-grand-bois
(Lonchocarpus sp). et le Pois-doux gris (Inga sp.) accompagnés de l'autre Bois-savonnette
(Sapindus saponari) et du Bois-rivière (Chimarrhis cymosa). On note également la présence de
nombreuses essences héliophiles dans les trouées de lumière comme les Bois-canons (Cecropia
peltata) et de nombreuses Piperacées et Solanacées.
1.3. Les essences de terre ferme
Les lambeaux forestiers présents aux alentours du site présentent également des essences de
lumière avec notamment le Poirier blanc (Tabebuia pallida), le Bois-côtelette (Cytharexylum
spinosum). On note la présence également du Mahot-Gombo (Hibiscus sp.) et d'espèces
introduites l'Amandier-pays (Terminalia catappa), le Bélimbé ou Pomme-Macaque (Morinda
citrifolia) et le Bambou (Bambusa vulgaris).
L'essentiel des zones basses étant mis en culture, les formations forestières importantes et
diversifiées les plus proches se situent seulement à plusieurs kilomètres du site de Vivé, plus en
altitude, en direction notamment d'Ajoupa Bouillon où l'on retrouve relativement abondant le
Galba (Calophyllum calaba) et le Poirier (Tabebuia pallida), avec également des essences de
strate élevée comme le Bois-résolu (Chimarrhis cymosa), le Pois-doux (Inga ingoides), l'Acajou-
pays (Cedrela mexicana), le Bois-d'Inde (Pimenta racemosa), le Balata (Manilkara bidentata), le
Bois-blanc (Simaruba amara), avec en strate inférieure plusieurs Lauriers (Nectandra, Ocotea et
Phoebe).
2. La forêt martiniquaise à l'époque historique
La forêt littorale du Nord de la Martinique a été décrite dès le XVIIème siècle comme une
formation boisée dense, continue, peuplée d'arbres de haute futaie dont certains de plus de 45
mètres de haut et des troncs de diamètres parfois supérieurs à 2,5mètres, plusieurs strates
arborescentes sont même décrites où l'on précise notamment l'existence sous la voûte forestière
d'un "taillis" épais en sous-bois très riche en essences fruitières et la présence de nombreuses
plantes lianescentes (Hatzenberger, 1996). Les premiers observateurs sont donc en présence d'une
forêt mâture non dégradée, les arbres de haute stature correspondant à la forêt hygrophile actuelle
que l'on peut retrouver entre Prêcheur et Grand Rivière. La présence des nombreux "fruitiers"
signale cependant que le sous-bois a dut être exploité et enrichi par les populations indigènes
d'espèces utiles pour la consommation, la teinture et autres usages.
Une grande part de cette forêt mésophile climacique a disparu dès le XVIIème siècle en
Martinique et dans le reste des petites antilles, notamment dans les plaines très tôt déforestées et
exploitées pour l'agriculture. Seules les forêts difficiles d'accès furent en partie préservées. Les
formations littorales impropres à la mise en culture comme les forêts marécageuses ou les
mangroves ont principalement été exploitées pour le bois de chauffage et pour l'extraction de
tanins, les pratiques agricoles se sont étendues depuis le niveau de la mer juste en arrière et dès
que le sol le permettait jusqu'à une altitude d'environs 500 mètres pour des raisons climatiques
trop humides et d'exposition au vent (Husnot (1870) cité par Hatzenberger, 1996).
L'ensemble des perturbations des zones cultivées ont entraîné à la fois un appauvrissement
floristique par disparition de certains taxons de la végétation primitive, une érosion des sols et
l'apparition d'une végétation secondaire héliophiles, dans les friches notamment avec également
de nombreuses essences introduites.
Un rapport des Eaux et Forêts du début du siècle décrit l'état "déplorable" des forêts
martiniquaises, mentionnant pour seuls lieux intacts les ravines inaccessibles et les Pitons du carbet
et la Montagne Pelée. Partout ailleurs les arbres " de haute futaie " ont quasiment disparu.
3. Résultats anthracologiques du site de Vivé
| FAMILLES |
Genres/espèces |
Nb de fragments |
| AQUIFOLIACEAE |
Ilex sp. |
4 |
| ARECACEAE |
Indet.VV5 |
8 |
| BIGNONIACEAE |
Tabebuia sp. cf pallida |
21 |
| BURSERACEAE |
Type Dacryodes |
12 |
| CAPPARIDACEAE |
Capparis sp. |
3 |
| CHRYSOBALANACEAE |
Indet.VV2 |
6 |
| CLUSIACEAE |
cf Garcinia humilis |
15 |
| CLUSIACEAE |
cf Calophyllum calaba |
14 |
| FLACOURTIACEAE |
Casearia sp. |
4 |
| LAURACEAE |
cf Endichleria |
10 |
| LAURACEAE |
Nectandra sp. |
7 |
| LAURACEAE |
Indet.VV6 |
10 |
| LEG. CAESALPINIACEAE |
Hymenea courbaril |
13 |
| LEG. FABACEAE |
Lonchocarpus sp. |
7 |
| LEG. FABACEAE |
Type Erythrina |
1 |
| LEG. FABACEAE |
Pterocarpus officinalis |
7 |
| LEG. MIMOSACEAE |
Inga sp. |
12 |
| LEG. MIMOSACEAE |
Type Leucanea |
4 |
| LEGUMINOSEAE |
Indet.VV1 |
26 |
| |
Indet.VV14 |
4 |
| MALVACEAE |
Hibiscus sp. |
3 |
| MELASTOMATACEAE |
Indet.VV8 |
8 |
| MELIACEAE |
Cedrela sp. |
30 |
| MYRTACEAE |
Type Eugenia |
9 |
| MYRTACEAE |
Pimenta racemosa |
28 |
| PIPERACEAE |
Piper sp. |
1 |
| POLYGONACEAE |
Coccoloba cf uvifera |
18 |
| PTERIDOPHYTE |
Indet.VV10 |
2 |
| RUBIACEAE |
Type Chymarrhis |
25 |
| RUBIACEAE |
cf. Genipa americana |
5 |
| RUBIACEAE |
Indet.VV3 |
31 |
| RUTACEAE |
Zanthoxylum/Amyris |
6 |
| SAPINDACEAE |
Sapindus sp. |
42 |
| SAPOTACEAE |
Manilkara sp. |
12 |
| SAPOTACEAE |
sp1. Type Pouteria |
35 |
| SAPOTACEAE |
sp2. cf Sideroxylon |
3 |
| |
Indet.VV17 |
16 |
| SIMARUBACEAE |
Simaruba amara |
18 |
| STERCULIACEAE |
Guazuma sp. |
14 |
| THEACEAE |
Ternstroemia sp |
1 |
| THEOPHRASTACEAE |
Jacquinia sp. |
2 |
| VERBENACEAE |
cf Citharexylum fruticosum |
9 |
| VERBENACEAE |
Vitex sp. |
8 |
| ZYGOPHYLLACEAE |
Guaiacum officinale |
11 |
| Tubercules/Rhizome |
Indet.VV12 |
3 |
| Graines/Fruits |
Indet.VV15 |
5 |
| |
Indet.VV16 |
1 |
| INDETERMINES |
Indet.VV4 |
21 |
| |
Indet.VV7 |
2 |
| |
Indet.VV9 |
9 |
| |
Indet.VV11 |
18 |
| |
Indet.VV13 |
4 |
|
Indet.VV13 |
4 |
| Indéterminables |
|
52 |
| Total |
|
640 |
Les 640 fragments de charbons de bois analysés au niveau de la couche 3 du site de
Vivé montrent une grande diversité floristique au travers des prélèvements de bois des populations
amérindiennes locales.
La forêt primitive observée présente également des critères tout à fait différents des
formations végétales que l'on peut rencontrer localement à l'heure actuelle.
La liste de taxons identifiés permet de saisir certaines caractéristiques des formations
végétales originelles. Avec tout d'abord une dominance du faciès mésophytique de type forestier
dense correspondant à la forêt dite " tempérée ".
On y retrouve notamment le Galba Calophyllum calaba typiquement mésophile et autrefois
très répandu dans les régions marécageuses des plaines, mais dont l'aire de répartition s'est
considérablement réduite. Cette espèce se retrouve notamment dans les forêts humides entre
Prêcheur et Grand Rivière. On observe également la présence des Sapotacées de type Manilkara et
Pouteria qui donnent des arbres de grandes tailles, absents désormais de la zone côtière à cause de
la surexploitation et que l'on trouve désormais plus en altitude.
La présence des Lauracées est également assez caractéristique. L'espèce Endichleria sericea
est aujourd'hui assez rare dans l'horizon inférieur de la forêt humide alors qu'elle était, semble-t-
il, encore très commune au XVIIème siècle selon LABAT. Pourtant elle est décrite comme une
essence de montagne qui vient rarement dans les plaines d'où son nom de Bois-doux blanc ou
Bois de montagne cette espèce se situe en général entre 250 et 650 mètres d'altitude . Elle est
également présente à la fois sur le bord des cours d'eau ou exposée au vent sur les falaises, les
pentes et les crêtes. Cette essence qui faisait partie intégrante de la strate arborescente de la forêt
mésophytique à semble-t-il commencé à disparaître à la suite des défrichements dès le XVIIème
siècle.
Le Bois-d'Inde Pimenta racemosa (Myrtaceae) est une espèce des Antilles et du Nord de
l'Amérique du Sud que l'on décrit actuellement comme moyen, rarement élevé cependant au
XVIIème et XVIIIème siècle les observateurs insistaient sur la grande taille des individus qui
pouvaient se trouver à la fois dans des zones arides et sèches et sur des terrains humides et
vantaient sa beauté par son écorce jaune vif et son port élégant. Cette espèce est à l'origine
ubiquiste ; on la trouve depuis la côte jusqu'en altitude (comme en témoignent les nombreux
lieux-dits : Anse Bois d'Inde à Sainte Lucie, quartier Bois d'Inde au Lamentin, Morne Bois d'Inde
350-650m, Côte au Bois d'Inde 650m dans les Pitons du Carbet en Martinique?) mais également
dans des contextes xérophytiques ou plus hygrophiles. Victime de l'exploitation pour les
nombreuses qualités de son bois, elle s'est raréfiée considérablement au cours des derniers siècles.
La présence également de la Méliacée de type Cedrela, de Simaruba amara
(Simaroubaceae) ou confirme le faciès mésophytique de l'environnement du site de Vivé.
Par contre une influence hygrophile se fait nettement sentir laissant apparaître une humidité
sans doute nettement supérieure à l'actuel. Pour preuve la présence de plusieurs taxons tels Ilex,
Chimarrhis ou encore Dacryodes.
4 espèces d'Ilex (Aquifoliaceae) sont indigènes de la Martinique : macfadyenii, nitida,
sideroxyloides et dioica. Pour ces différentes espèces, Ilex semble davantage caractéristique de la
forêt primaire hygrophile de Martinique à partir de 100 à 200 jusqu'à 900 mètres d'altitude, ce
sont des arbres moyens appelés parfois " Citronnier " ou " Bois Citron ". Cette essence ne
semble pas caractéristique de l'environnement proche actuel du site de Vivé, elle n'a été observée
que beaucoup plus en altitude. Les flancs de la Soufrière présentent notamment des buissons de
Ilex macfadyenii. Ilex dioica endémique des petites antilles est extrêmement rare et est signalée au
sommet des pitons du Carbet et du Mont Conil (Fiard, 1992). Cependant Ilex sideroxyoides était
décrit dans les environs de Trinité à l'état buissonnant sur des terrains calcaires (Hatzenberger,
1996) ce qui pourrait indiquer que l'aire de répartition de cette espèce ait pu être beaucoup plus
vaste qu'à l'heure actuelle. Il nous semble pour le moment impossible de déterminer à l'espèce
faute d'une collection de référence exhaustive.
Dans le cas de Chimarrhis cymosa, cette rubiacée antillaise est présente dans la forêt hygro-
mésophytique d'une altitude allant de 50 à 600 mètres et surtout le long des cours d'eau. Une
seule espèce est présente sous le Genre Chimarrhis d'Antigua à Grenade. Le Bois-résolu ou Bois-
rivière est un arbre de grande taille qui était décrit comme "commun" à la Martinique par LABAT
bien qu'absent des bords de mers et des zones marécageuses. Cette espèce se retrouve à l'heure
actuelle commune mais dans les zones plus élevées, son bois a été très exploité aux altitudes les
plus basses au cours des siècles précédents, recherché notamment pour la charpente et les meubles
pour ses qualités mécaniques et esthétiques.
Une seule espèce du genre Dacryodes est présente en Martinique. Strictement antillais, le
Bois Cochon ou gommier blanc est l'un des plus grands arbres de la forêt dense des petites
Antilles, le bois du tronc était utilisé pour la fabrique traditionnelle de canots d'une seule pièce ou
"gommiers" par les Amérindiens. C'est un taxon typique de la forêt humide qui se trouve à une
altitude située entre 350 et 950 mètres (Fournier, 1978). Cependant LABAT en 1722, expliquait
que cette espèce descendait à plus basse altitude dans la forêt mésophile et que c'était à la saison
des pluies que la gomme en était extraite en abondance, celle-ci était utilisée à des fins curatives
ou comme encens.
La deuxième caractéristique de l'analyse anthracologique du site de Vivé est la présence des
formations marécageuses et ripicoles avec notamment Pterocarpus officinalis et également le Bois
savonnette Sapindus cf saponaria (Sapindaceae). Cette essence est présente actuellement en
Martinique et Guadeloupe aux bords des rivières et autour des habitations de la région inférieure
(Fournier 1978) à basse altitude (0 à 300 mètres). Le Bois-savonnette est pourtant décrit par DU
TERTRE en 1667 comme pouvant occuper des lieux secs et arides Par le passé, cette essence et se
trouvait en abondance le long de la mer selon LABAT (HATZENBERGER, 1996). Sapindus
saponaria est d'autre part une essence héliophile qui colonisait les trouées existantes dans les
forêts inférieures et dans les lisières. Cette espèce s'est raréfiée au cours des siècles, elle est même
en danger d'extinction dans certaines localités de la Martinique dans les forêts privées et en
altitude sur le morne Césaire.
Les essences telles que les Poiriers et les Bois Cotellette présentes actuellement sur le site de
Vivé sont retrouvé au sein du cortège anthracologique mais en position moins dominante qu'à
l'heure actuelle.
Trois espèces de Tabebuia se rencontrent naturellement à la Martinique : T. chrysantha,
heterophylla et pallida communément appellées " Poiriers ". L'essence identifiée appartient
vraisemblablement à l'espèce pallida ; le Poirier blanc se retrouve à la fois dans les zones
xérophiles et mésophiles, on le retrouve régulièrement en arrière plage cette espèce est assez
typique des formations littorales dans les petites antilles. A Vivé, cette espèce est présente
actuellement en abondance dans la forêt de la Crabière mais le plus souvent en lisière ou dans des
zones ouvertes de chablis ou défrichées car c'est une essence héliophile par excellence. T.
heterophylla est quant à elle une espèce endémique avec une aire de répartition plus réduite en
Martinique due sans doute à des exigences écologiques plus strictes, elle est présente actuellement
dans certaines stations de Basse Pointe et de Macouba.
Quant au genre Citharexylum sp., deux espèces sont indigènes de la Martinique C.
caudatum et C. spinosum. communément appelées " Bois côtelette ". Citharexylum spinosum est
une espèce assez ubiquiste, cette essence se rencontre en Martinique dans les savanes d'arrière-
plage, sur les falaises, le long des rivières ou dans les bois inférieurs mésophiles (Fournet 1978). A
Vivé, on la retrouve dans la forêt domaniale de la Crabière et dans les lisières en bordure de
chemin ainsi que dans les îlots forestiers des zones marécageuses proches du littoral. Elle se
retrouve également dans des formations hygrophiles plus en altitude jusqu'à plus de 800 m.
Certains taxons apparaissent de façon surprenante au sein du cortège floristique de Vivé, il
s'agit du Gayac Guaiacum officinale et du Bois de Fer (cf Sideroxylon) qui correspondent
davantage à un faciès plus xérophytique correspondant à la partie plus au sud de la Martinique.
L'éventualité d'un transport de bois à longue distance pour un usage particulier peut être
envisager pour ces taxons, leur bois très dur étant particulièrement recherché. D'autres espèces
particulièrement utiles apparaissent au sein des taxons prélevés par les populations du site de Vivé
tel le Genipa Genipa americana qui pourrait même avoir été introduite par les amérindiens car le
fruit donne une teinture bleu foncée très prisée pour les ornements corporels.
Conclusion
La plaine côtière actuelle où se localise le site de Vivé étant dominée par la culture
bananière, la forêt mésophytique d'aujourd'hui est confinée dans certaines zones relictuelles
comme les forêts domaniales ou privées ou dans des lieux peu accessibles ou non exploitables
comme le long de cours d'eau et bas-fonds ainsi que dans des zones escarpées comme les falaises
ou les crêtes. La composition floristique de cette forêt mésophile a été considérablement modifiée
par l'exploitation intensive des bois au cours des siècles précédents et bien souvent on n'observe
en fait qu'une strate arborescente de deuxième grandeur, dépassant rarement 20 mètres de
hauteur, dominée par les Lauracées Nectandra et Ocotea et le Pois-doux Inga laurina avec une
strate arbustive dominée par les Mélastomatacées et les Piperacéees. Les strates supérieures quand
elles sont présentes sont caractérisée par la dominance du courbaril de l'acajou et du fromager.
Toutes ces essences ne représentent pas les espèces les plus caractéristiques de la forêt
originelle telle que l'on peut l'envisager au travers de nos études.
La présence de certaines espèces en abondance peut s'expliquer parfois également par leur
utilisation antérieure à la période historique comme l'exemple du Pois-doux qui par son
utilisation dans les anciennes plantations de caféiers et de cacaoyers comme arbre d'ombrage et
également comme arbre d'alignement et de haies brise-vents du XVIIème à la fin du XIXème
siècle présente une aire de répartition considérablement supérieure sans doute à son aire
d'origine. Ainsi d'autres plantes grâce notamment à la dissémination efficace des graines ou a
leur caractère pionnier ont eu un développement massif dans les zones ouvertes et anthropisées.
De la même façon, le Fromager doit sans doute sa bonne représentation actuelle à sa
multiplication végétative aisée et sa croissance rapide alors qu'aucun chroniqueur ne le note en
abondance dans ce type de milieu et que ceux-ci le décrivent au contraire comme un arbre rare et
que nous ne trouvons aucun échantillon dans notre cortège anthracologique.
L'image de la végétation primitive, dans laquelle les populations amérindiennes du site de
Vivé ont évolué, obtenue par l'analyse anthracologique est donc radicalement différente. A la
fois, plus riche, plus haute, avec plus de strates, cette forêt était sans doute également plus humide
à en juger la présence à proximité de taxons hygrophiles. Les espèces qui dominent à l'heure
actuelle, plus héliophiles et pionnières comme les poiriers, ont sans doute une expansion récente.
De nombreuses essences se sont raréfiées considérablement au cours de la période coloniale et se
sont déplacées d'un milieu à un autre, soit vers les zones ripicoles ou le taux d'hygrométrie est
supérieur soit vers les zones plus escarpées ou en altitude comme le Galba.
Les chroniqueurs ont témoigné de l'existence du couvert forestier luxuriant et riche parlant
même de " forêt vierge ". Cependant les amérindiens des caraïbes cultivaient la terre, coupaient
du bois pour le feu, la construction de leurs maisons ou de leurs embarcations utilisant toute
l'étendue de la diversité écologique de leur environnement sans pour cela dégrader le milieu mais
au contraire l'enrichir et l'adapter selon leurs besoins. C'est cet environnement que les analyses
anthracologiques martiniquaises visent à restituer dans un but à la fois de reconstitution paléo-
environnementale mais également dans la perspective de la protection des espèces menacées et des
zones relictuelles des forêts primitives de l'île.
Bibliographie
- FOURNET J.,
- 1978 - Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique. Paris, éd.
INRA, 1674 p.
- HATZENBERGER F.,
- 1996 - L'évolution géohistorique des écosystèmes végétaux dans les Antilles.
Thèse Doctorat. Univ. Paris VI, 2 vol., 525 p.
- LABAT J.,
- 1722-1742 - Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique?.Paris, imp. Cavelier et Delespine,
6 vol.
- PORTECOP J.,
- 1979 - Phytogéographie, cartographie écologique et aménagement dans une île
tropicale : le cas de la Martinique. Doc. Cart. Ecol. Lab. de Biol. Vég., XXI, p.1-78.
- SCHNELL R.,
- 1987 - La flore et la végétation de l'Amérique tropicale, Paris, éd. Masson, 2 vol., 480
p. et 448 p.
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