Ouacabou fond fond
fond fond archéologie dans les antilles
Home Bibantilles News Links About ouacabou Confidentiality Contact us


R. Brithmer, C. Sastre, C. Tardy et D. Vivant

LE CADRE ENVIRONNEMENTAL DE L'OCCUPATION AMÉRINDIENNE DE LA MARTINIQUE

Retour à la table des matières

L'année 2000 avait marqué le début de notre programme d'études paléo- environnementales.
Nos objectifs étaient les suivants  :

  • Quel est le couvert végétal martiniquais avant l'arrivée des premiers agriculteurs amérindiens ?
  • Quel est l'impact de ces premières occupations agricoles sur l'environnement ?
  • Quelles sont les plantes originaires du continent introduites par les amérindiens et quelle est la chronologie de ces introductions ?

Afin de mener à bien ce projet une équipe regroupant : R. Brithmer, C. Sastre, C. Tardy et D. Vivant, avait été constituée. Elle s'appuyait sur une convention liant notre PCR au Muséum National d'Histoire Naturelle et au Parc Naturel Régional de la Martinique. Un premier programme d'étude avait ensuite été établi  :

  1. Dépouillement des chroniques françaises du XVIIé. Etudes palynologiques d'échantillons antérieurs à la migration Saladoïde cédrosane.
  2. Etudes palynologiques d'échantillons antérieurs à la migration Saladoïde cédrosane.
  3. Etudes palynologiques d'échantillons liés à divers contextes d'habitats précolombiens.
  4. Etudes anthracologiques d'échantillons liés à divers contextes d'habitats précolombiens.
  5. Etude des effets des catastrophes naturelles (cyclones, éruptions volcaniques) sur le couvert végétal.
  6. Reconstitution des écosystèmes anciens par comparaison des données archéologiques et des données contemporaines.

L'étude anthracologique réalisée par C. Tardy, que nous présentons cette année nous fournit les premières informations paléo-environnementales jamais obtenues en Martinique. Elles devraient être prochainement complétées par d'autres analyses anthracologiques et palynologiques. A cette effet, nous souhaitons établir l'année prochaine un programme de carottage dans certains sites archéologiques ainsi que dans certaines zones ayant pu jouer le rôle de pièges à pollen. Enfin, une fouille de sauvetage conduite en fin d'année sur le site de Perinelle à Saint-Pierre a permis la mise au jour d'un jardin amérindien (découverte unique dans les Antilles). A notre demande de nombreux prélèvements ont été effectués. Ils seront étudiés par les chercheurs de notre équipe.

Claude SASTRE
RAPPORT D'ACTIVITE
Retour à la table des matières

Étant nouveau dans ce programme et chargé d'interpréter le milieu naturel amérindien, à partir des découvertes archéologiques botaniques de sites martiniquais, j'ai voulu réaliser une bibliographie basée essentiellement sur les chroniqueurs et premiers voyageurs découvreurs des Petites Antilles, avec l'espoir de trouver des descriptions de milieux et des citations de plantes utilisées par les amérindiens lors de la découverte de ces terres. Voici une première liste bibliographique sachant qu'il existe encore des manuscrits inédits à la bibliothèque nationale et qui sait, dans d'autres lieux.

Bibliographie du programme " archéobotanique de la Martinique "

Anonyme,
1776 - Dissertation sur les Pesches des Antilles, réédit., avec identification de la terminologie botanique par J. BARRAU et al. Centre de Recherches Caraïbes, Université de Montréal 68 p. 1975.
ATWOOD T.,
1791 - The history of the island of Dominica, a description pf its situation, extent, climate, mountains rivers, natural productions, imp. Johnson. 285 p.
BARRERE P.,
1741 - Essai sur l'histoire naturelle de la France équinoxiale ou dénombrement des plantes, des animaux et des minéraux, Paris, ed. Piget. 215 p.
BERTIUS P.,
1622 - Description d'Amérique qui est le nouveau monde, tirée des tableaux géographiques de Petrus Bertius, Amsterdam, éd. E. Colin, 254 p. cartes.
BOUTON J.,
1640 - Relation de l'establissement des Français depuis l'an 1635 en l'isle de la Martinique, l'une des Antilles de l'Amérique, Paris, ed. S. Cramoisy, 141 p.
BRETON (R.P.) R.,
1647 - Relation de l'isle de la Guadeloupe, Bibl. Nat., Manuscrits français 24974, Basse-Terre, pub. Société d'Histoire Naturelle de la Guadeloupe, 1978, tome 1, 214 p.
1665 - Dictionnaire Caraïbe-Français meslé de quantité de remarques historiques pour l'éclaircissement de la langue, Auxerre, éd. Gilles Bouquet, 480 p.
CHAMPLAIN S.,
1870 - Brief discours des choses remarquables que Samuel de Champlain de Brouage a reconnu aux Indes occidentales au voyage qu'il a faict en icelles (1599-1601), éd. C.H. Laverdière, Québec, tome 1.
CHATILLON M.,
1984 - Lettre du R.P. Mongin ; Bull. Soc. Hist. de la Guadeloupe 61-62, 136 p.
COPPIER G.,
1645 - Histoire et voyage des Indes occidentales et de plusieurs autres régions maritimes et esloignées, Lyon , éd. J. Hugetau, 186 p.
DODOENS R.,
1557 - Histoire des plantes en laquelle est contenue la description entière des herbes, c'est à dire leurs espèces, formes, noms, tempéraments, vertus et opérations : non seulement de celles qui croissent en ce pays mais aussi des autres estrangères qui viennent en usage de médecine. Anvers, trad. Ch. De l'Ecluse 584 p.
DU PUIS (R.P.) M.,
1652 - Relation de l'establissement d'une colonie française dans la Guadeloupe, isle de l'Amérique et des m?urs des sauvages. Basse-Terre, réed. Société d'Histoire de la Guadeloupe, 1972, 248 p.
DUSS (R.P.),
1897 - Flore phanérogamique des Antilles françaises. Macon, éd. Protat, réédité par la société de distribution et de culture, Fort de France, 1972, 656 p.
DU TERTRE (R.P.) J.B.,
1667-1671 - Histoire générale des Antilles habitées par les français, tome II, réédition exécutée d'après éd. Th. Jolly 1667-1671, Fort de France, éd. Horizons caraïbes, 501 p.
FEUILLEE (R.P.) L.,
1725 - Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques faites par ordre du Roi sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale et aux Indes occidentales,Paris, éd. J. Mariette, 426 p.
FROGER F.,
1698 - Relation d'un voyage fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique, détroit de Magellan, Brésil, Cayenne et isles Antilles par une escadre de vaisseaux du Roy, commandée par M. de Gennes. Paris, éd. Brunet, 220 p., rééd. Hachette 1972.
GIROD de CHANTRANS J.,
1782 - Voyage d'un suisse dans différentes colonies d'Amérique, rééd. 1980, Paris, éd. Tallandier, 278 p.
HARLAN J.R. ,
1987 - Les plantes cultivées et l'homme, Paris, éd. P.U.F., 414 p., tableaux, cartes.
HATZENBERGER F.
1966 - Essai sur l'évolution des écosystèmes végétaux en Martinique et Guadeloupe au cours des trois derniers siècles. Biogeographica 70 (3) :139-154.
1996 - L'évolution géohistorique des écosystèmes végétaux dans les Antilles. Thèse de Doctorat de l'Université PARIS VI. 525 p.
LABAT J.
1722 et 1742 - Nouveau voyage aux isles de l'Amérique, contenant l'histoire naturelle de ces pays, l'origine, les moeurs, la religion et le gouvernement des habitants anciens et modernes, les guerres et les évènements singuliers qui y sont arrivez & le commerce et les manufactures qui y sont établies, Paris, imp. G ; Cavelier, 6 vol., plans, cartes, planches, pour la 1° éd. ; imp. J.-B. Delespine, 4 vol., plans, cartes et planches pour la 2° éd.
LABORDE S. de,
1704 - Relation de l'origine, m?urs, coutumes, religions, guerres et voyages des Caraïbes, sauvages des isles Antilles de l'Amérique, Amsterdam, éd. A. Braakman.
LEBLOND J.-B.,
1813 - Voyage aux Antilles et à l'Amérique méridionale commencé en 1767 ey fini en 1802, Paris, éd. Arthus-Bertrand, 474 p.
LEDRU A.P.,
1810 - Voyage aux isles de Teneriffe, la Trinité, St-Thomas, Ste. Croix et Porto-Rico, exécuté jusqu'au 7 juin 1798 sous la direction du capitaine Baudin, pour faire des recherches et des collections relatives à l'Histoire naturelle, Paris, éd. A. Bertrand, tome 1 et 2, 315 et 324 p
LEONARD N ;-G.,
an VII -1798 - Lettre sur un voyage aux Antilles, 1787-1798, in ?uvres de léonard,Paris, pub. V. Campenon, imp. Didot jeune, 3 vol.
MAURILE de S. MICHEL R.,
1652 - Voyage des Isles camercames en l'Amérique qui font partie des Indes occidentales, Le Mans, imp. H. Olivier, 434 p.
MAY L.-P.,
1932 - La plus ancienne relation de voyage aux colonies françaises des Antilles, in Revue Terre, Air - Mer - La géographie, pub. Soc. Géographie et Soc. d'éd. géographiques maritimes et coloniales, juillet -août, auteur présumé R.P. Pacifique de Provins, entre octobre 1639 et octobre 1640.
MONTBRUN C.,
1984 - Les Petites Antilles avant Christophe Colomb, éd. Karthala, Paris, 172 p.
MOREAU J.-P.
1992 - Les Petites Antilles de Christophe Colomb à Richelieu (1493-1635), éd. Karthala, Paris, 315 p., doc . et annexes.
RICHARD de TUSSAC F.,
1808 - 1818 - 1824 - 1827 - Flore des Antilles ou Histoire générale botanique, rurale et économique des végétaux indigènes des Antilles et des exotiques qu'on est parvenu à naturaliser, éd. Auteur et F. Schoell, Paris, 4 vol .
ROCHEFORT C. de,
1658 - Histoire naturelle et morale des îles Antilles de l'Amérique, Rotterdam, lib. Leer, 528 p.
THIBAULT de CHANVALLON J.-B.,
1763 - Voyage à la Martinique, contenant diverses observations sur la physique, l'histoire naturelle, l'agriculture, les m?urs et les usages de cette isle, faites en 1751 et dans les années suivantes, Paris, éd. CI.J.B. Bauche 192 p. et tableaux.
YACOU A. et ADELAIDE-MERLANDE J.,
1993 - La découverte et la conquête de la Guadeloupe, Paris et Guadeloupe, éd. Karthala et Cerc, 303 p.

Une première analyse de ces ouvrages nous enseigne que la Martinique, comme l'ensemble des Petites Antilles, était essentiellement couverte de forêts. Tenant compte de notre connaissance actuelle des milieux antillais et d'espèces citées, les implantations amérindiennes étaient plutôt en zones mésophiles.

Cependant la végétation devait présenter quelques ouvertures, les falaises et affleurements rocheux, les chablis dont beaucoup provoqués par les cyclones, les "habituées" des amérindiens soit en cours de culture, soit récemment abandonnées.

Dans les "jardins", on trouve toute une gamme de plantes introduites : le manioc (Manihot esculenta), le tabac (Nicotiana tabacum L.), la tomate (Solanum lycopersicum), le roukou (Bixa orellana). Le milieu naturel était très utilisé, bois divers dont le gaïac (Guaiacum officinale) et l'acajou (Swietenia mahagoni) pour les constructions, l'arouman (Ichnosiphon arouma) pour les vanneries, le génipa (Genipa americana) pour les peintures corporelles. Si certaines déterminations ne posent pas trop de problème, d'autres par contre sont plus délicates, par exemple qu'entend-on par roseau ? Il n'y avait pas de roseaux aux Antilles au sens européen du terme, dans la mesure ou l'Arundo donax et le Phragmites australis ont été introduits après l'arrivée des européens. S'agit-il de Cypéracées du genre Eleocharis appelées localement jonc ? à moins qu'il ne s'agisse de l'arouman, grande herbe dressée qui pousse en zones marécageuses et dont les larges feuilles peuvent être utilisées pour confectionner toitures et murs des cases ? Divers auteurs déterminent le latanier, Coccothrinax barbadensis. Or ce palmier possède des feuilles composées palmatiséquées et non composées pennées (du type cocotier). Or d'après mon expérience guyanaise, ce sont les feuilles de palmiers composées pennées qui sont utilisées pour faire les toits des carbets. Si cela était ainsi au temps des amérindiens des Antilles, dans la mesure où le cocotier n'existait pas à cette époque, il s'agirait alors de Syagrus amara assez présent en forêt mésophile ou éventuellement des deux espèces de Geonoma, moins généreux en feuilles et vivant en forêt hygrophile.


Pour l'année 2002, je me propose :

  • de compléter la bibliographie, par l'ajout de documents d'archive et de travaux paléobotaniques,
  • de rédiger un texte de synthèse qui pourrait être un article, sur l'interprétation possible des milieux antillais au temps des amérindiens, avec des plantes présentes et éventuellement leurs usages; ceci devrait aider à une interprétation des restes végétaux archéologiques trouvés sur les sites.

Le Dépouillement des chroniqueurs français du XVIIéme siècle

Dans le cadre de l'étude que nous avons entreprise de la relation existant entre les amérindiens et leur environnement végétal, le dépouillement des chroniqueurs français du XVIIéme siècle nous paraissait un point intéressant. D'autant plus que le travail de recherche en archives ayant déjà été effectué par L. Verrand (Verrand, 2001) nous pouvions directement entamer l'interprétation des données.

Nous avons dans un premier temps cherché à identifier l'origine géographique des espèces décrites (cf. tableau ci-dessous). Sur les 21 noms que nous avons pu rapprocher d'une plante connue, 13 sont des espèces américaines, 4 ont été introduites par les européens, une seule est spécifiquement antillaise. Il n'a pu être attribuée une origine certaine aux trois dernières.

Quelques remarques sur ces résultats. Tout d'abord, on peut remarquer l'importance des espèces consommées existant sur le continent américain. Que leur introduction dans les Antilles soit due à des phénomènes naturels ou anthropiques, nous ne pouvons encore le déterminer. On peut juste remarquer que les amérindiens, originaires de la même zone géographique que ces plantes, ont continué à avoir une relation privilégiée ave elles après leur arrivée dans les îles.

Enfin, il faut noter la place déjà importante des espèces originaires de l'Ancien Monde et ce avant même la colonisation véritable de ces îles par les puissances européennes (Anonyme de Carpentras, 17 ? ?).

En conclusion les chroniqueurs se révèlent peu à même de répondre aux questions qui sont les nôtres concernant l'environnement végétal au sein duquel vivaient les amérindiens et les relations qu'ils entretenaient avec celui-ci. Ils témoignent surtout de la rapidité à laquelle les écosystèmes antillais ont été modifiés par le contact avec les européens.



Produits Consommés Nbre de citations Horticulture Non précisé Origine supposée
Acajou (pomme cajou) 1
X Amérique
Ananas 5 3
Amérique
Ayouibouli (Chardon) 1
X ?
Banane 6 2
Importation
Cacao 1
X Amérique
Cachiman (Corossolier) 1
X Amérique
Canne à sucre 5 1
Importation
Choux caraïbes 1 1
Amérique caraïbes
Couchou 1 1
Amérique
Couchou (Igname) 1
X Amérique
Coubary 2
X Amérique/Antilles
Citron 1 1
Importation
Dicacou 1
X ?
Eria (Racine) 1
X ?
FËves 1 1
?
Figues 1 1
?
Giromon 1 1
Importation
Goyave 1 1
Amérique
Maïs 1 1
Amérique
Mamin 1
X (Corossol) Am.
Manioc 8 4
Amérique
Melon 1
X Importation ?
Mombain 1
X Amérique
Palmiste 1
X (choux) Antilles
Patate (douce) 7 4
Amérique
Piment 5 1
Amérique
Pois 1 1
?
Raisin 1
X Antilles/import
TOTAL : 27 15 12  
  1. Tableau d'après Verrand, 2001.
  2. Les chiffres de la deuxième colonne correspondent au nombre d'auteurs citant le produit.
  3. Les chiffres de la colonne 3 correspondent au nombre d'auteurs citant le produit comme cultivé.
  4. Après première analyse par C. Sastre. La notation " Amérique " correspond aux espèces originaires du continent américain, la notation " Importation " correspond aux espèces originaires de l'ancien monde, la notion " Antilles " correspond aux espèces spécifiquement antillaises (colonne 5).


Christophe Tardy
Rapport anthracologique du Site archéologique de Vivé (Martinique)
Retour à la table des matières

Au point de vue phytogéographique les Antilles appartiennent à la Region Caribea qui englobe en outre une partie du Mexique et la partie la plus septentrionale de la Colombie (Schnell, 1987). Un grand nombre de types de végétation y est observé par la diversité du milieu physique, la dimension des îles, l'altitude, le substrat, l'influence du volcanisme et également par suite du fort gradient de précipitation selon l'exposition qui contribue au contraste très important de l'étagement des formations végétales qui peut passer en quelques kilomètres de type arbustif très sec (xérophiles) à des forêts hyper-humides (hygrophiles) en passant par des niveaux intermédiaires (mésophiles) Les groupements végétaux se disposent suivant trois étages bioclimatiques principalement induits par les précipitations : inférieur, supérieur et montagnard. Ecologiquement parlant, le site de Vivé est situé au niveau de la série mésophytique conditionnée par les bioclimats tropicaux inférieurs assez humide (PORTECOP, 1979) sous des conditions allant de 1500 à 2200 mm de pluviosité annuelle. On retrouve principalement dans cette série : la forêt mésophile, les faciès xéro-mésophytiques et riverains et les différents stades de régression. La série mésophytique qui représente une superficie de 70 000 hectares est la plus importante de l'île, elle se répartit suivant l'exposition, de 10 à 300 mètres d'altitude sur la " côte au vent " et de 300 à 500 mètres sur la " côte sous-le-vent ".

1. L'environnement actuel de Vivé.

Le proche environnement du site de Vivé est caractérisé par plusieurs milieux écologiques très différents puisqu'il se situe notamment sur la frange littorale de la côte au vent et bénéficie donc d'une forte influence marine. On note l'existence d'un faciès sableux et d'un faciès rocheux où se trouve la Forêt Domaniale de la Crabière. La présence d'une zone marécageuse en arrière- plage et la proximité d'un cours d'eau avec une ripisylve complètent la diversité. Le site archéologique en lui-même est localisé au sein d'une bananeraie dans une plaine sableuse à quelques centaines de mètres du bord de mer, où aucune végétation originelle ne semble avoir résisté et où seules les haies, les lisières de chemin et les ravines contiennent des essences ligneuses.

1.1. Les formations littorales

D'un côté se présente un faciès sableux en direction de Basse Pointe : une plage à Patate Bord de mer (Ipomea pes-caprae) et avec la possible présence du Mancenillier (Hippomane mancinella) mais surtout dominée par un rideau de Raisinnier-bord-de-mer (Coccoloba uvifera), de l'autre un faciès rocheux en direction du Lorrain avec des falaises couvertes notamment de Raisinniers et aussi de Bois-chandelle (Erithalis fruticosa) qui forment des fourrés denses dans les parties abruptes et les escarpements ainsi que le Bois-bracelet (Jacquinia barbasco).

La zone marécageuse en arrière plage est principalement constituée d'herbacées avec des Graminées et des Cypéracées, quelques bosquets d'arbres subsistent principalement constitués d'essences héliophiles, rudérales, de nombreuses lianes et d'espèces introduites comme le Ricin (Ricinus communis), nous n'avons pas observé à proprement parler d'arbres typiques de la forêt marécageuse tel que le Mangle-médaille (Pterocarpus officinalis) ni d'éléments de Mangrove.

1.2. La ripisylve

La forêt riveraine est principalement caractérisée par les Savonnette-grand-bois (Lonchocarpus sp). et le Pois-doux gris (Inga sp.) accompagnés de l'autre Bois-savonnette (Sapindus saponari) et du Bois-rivière (Chimarrhis cymosa). On note également la présence de nombreuses essences héliophiles dans les trouées de lumière comme les Bois-canons (Cecropia peltata) et de nombreuses Piperacées et Solanacées.

1.3. Les essences de terre ferme

Les lambeaux forestiers présents aux alentours du site présentent également des essences de lumière avec notamment le Poirier blanc (Tabebuia pallida), le Bois-côtelette (Cytharexylum spinosum). On note la présence également du Mahot-Gombo (Hibiscus sp.) et d'espèces introduites l'Amandier-pays (Terminalia catappa), le Bélimbé ou Pomme-Macaque (Morinda citrifolia) et le Bambou (Bambusa vulgaris).

L'essentiel des zones basses étant mis en culture, les formations forestières importantes et diversifiées les plus proches se situent seulement à plusieurs kilomètres du site de Vivé, plus en altitude, en direction notamment d'Ajoupa Bouillon où l'on retrouve relativement abondant le Galba (Calophyllum calaba) et le Poirier (Tabebuia pallida), avec également des essences de strate élevée comme le Bois-résolu (Chimarrhis cymosa), le Pois-doux (Inga ingoides), l'Acajou- pays (Cedrela mexicana), le Bois-d'Inde (Pimenta racemosa), le Balata (Manilkara bidentata), le Bois-blanc (Simaruba amara), avec en strate inférieure plusieurs Lauriers (Nectandra, Ocotea et Phoebe).

2. La forêt martiniquaise à l'époque historique

La forêt littorale du Nord de la Martinique a été décrite dès le XVIIème siècle comme une formation boisée dense, continue, peuplée d'arbres de haute futaie dont certains de plus de 45 mètres de haut et des troncs de diamètres parfois supérieurs à 2,5mètres, plusieurs strates arborescentes sont même décrites où l'on précise notamment l'existence sous la voûte forestière d'un "taillis" épais en sous-bois très riche en essences fruitières et la présence de nombreuses plantes lianescentes (Hatzenberger, 1996). Les premiers observateurs sont donc en présence d'une forêt mâture non dégradée, les arbres de haute stature correspondant à la forêt hygrophile actuelle que l'on peut retrouver entre Prêcheur et Grand Rivière. La présence des nombreux "fruitiers" signale cependant que le sous-bois a dut être exploité et enrichi par les populations indigènes d'espèces utiles pour la consommation, la teinture et autres usages.

Une grande part de cette forêt mésophile climacique a disparu dès le XVIIème siècle en Martinique et dans le reste des petites antilles, notamment dans les plaines très tôt déforestées et exploitées pour l'agriculture. Seules les forêts difficiles d'accès furent en partie préservées. Les formations littorales impropres à la mise en culture comme les forêts marécageuses ou les mangroves ont principalement été exploitées pour le bois de chauffage et pour l'extraction de tanins, les pratiques agricoles se sont étendues depuis le niveau de la mer juste en arrière et dès que le sol le permettait jusqu'à une altitude d'environs 500 mètres pour des raisons climatiques trop humides et d'exposition au vent (Husnot (1870) cité par Hatzenberger, 1996).

L'ensemble des perturbations des zones cultivées ont entraîné à la fois un appauvrissement floristique par disparition de certains taxons de la végétation primitive, une érosion des sols et l'apparition d'une végétation secondaire héliophiles, dans les friches notamment avec également de nombreuses essences introduites.

Un rapport des Eaux et Forêts du début du siècle décrit l'état "déplorable" des forêts martiniquaises, mentionnant pour seuls lieux intacts les ravines inaccessibles et les Pitons du carbet et la Montagne Pelée. Partout ailleurs les arbres " de haute futaie " ont quasiment disparu.

3. Résultats anthracologiques du site de Vivé



FAMILLES Genres/espèces Nb de fragments
AQUIFOLIACEAE Ilex sp. 4
ARECACEAE Indet.VV5 8
BIGNONIACEAE Tabebuia sp. cf pallida 21
BURSERACEAE Type Dacryodes 12
CAPPARIDACEAE Capparis sp. 3
CHRYSOBALANACEAE Indet.VV2 6
CLUSIACEAE cf Garcinia humilis 15
CLUSIACEAE cf Calophyllum calaba 14
FLACOURTIACEAE Casearia sp. 4
LAURACEAE cf Endichleria 10
LAURACEAE Nectandra sp. 7
LAURACEAE Indet.VV6 10
LEG. CAESALPINIACEAE Hymenea courbaril 13
LEG. FABACEAE Lonchocarpus sp. 7
LEG. FABACEAE Type Erythrina 1
LEG. FABACEAE Pterocarpus officinalis 7
LEG. MIMOSACEAE Inga sp. 12
LEG. MIMOSACEAE Type Leucanea 4
LEGUMINOSEAE Indet.VV1 26
Indet.VV14 4
MALVACEAE Hibiscus sp. 3
MELASTOMATACEAE Indet.VV8 8
MELIACEAE Cedrela sp. 30
MYRTACEAE Type Eugenia 9
MYRTACEAE Pimenta racemosa 28
PIPERACEAE Piper sp. 1
POLYGONACEAE Coccoloba cf uvifera 18
PTERIDOPHYTE Indet.VV10 2
RUBIACEAE Type Chymarrhis 25
RUBIACEAE cf. Genipa americana 5
RUBIACEAE Indet.VV3 31
RUTACEAE Zanthoxylum/Amyris 6
SAPINDACEAE Sapindus sp. 42
SAPOTACEAE Manilkara sp. 12
SAPOTACEAE sp1. Type Pouteria 35
SAPOTACEAE sp2. cf Sideroxylon 3
Indet.VV17 16
SIMARUBACEAE Simaruba amara 18
STERCULIACEAE Guazuma sp. 14
THEACEAE Ternstroemia sp 1
THEOPHRASTACEAE Jacquinia sp. 2
VERBENACEAE cf Citharexylum fruticosum 9
VERBENACEAE Vitex sp. 8
ZYGOPHYLLACEAE Guaiacum officinale 11
Tubercules/Rhizome Indet.VV12 3
Graines/Fruits Indet.VV15 5
Indet.VV16 1
INDETERMINES Indet.VV4 21
Indet.VV7 2
Indet.VV9 9
Indet.VV11 18
Indet.VV13 4
  Indet.VV13 4
Indéterminables 52
Total 640


Les 640 fragments de charbons de bois analysés au niveau de la couche 3 du site de Vivé montrent une grande diversité floristique au travers des prélèvements de bois des populations amérindiennes locales.

La forêt primitive observée présente également des critères tout à fait différents des formations végétales que l'on peut rencontrer localement à l'heure actuelle.

La liste de taxons identifiés permet de saisir certaines caractéristiques des formations végétales originelles. Avec tout d'abord une dominance du faciès mésophytique de type forestier dense correspondant à la forêt dite " tempérée ".

On y retrouve notamment le Galba Calophyllum calaba typiquement mésophile et autrefois très répandu dans les régions marécageuses des plaines, mais dont l'aire de répartition s'est considérablement réduite. Cette espèce se retrouve notamment dans les forêts humides entre Prêcheur et Grand Rivière. On observe également la présence des Sapotacées de type Manilkara et Pouteria qui donnent des arbres de grandes tailles, absents désormais de la zone côtière à cause de la surexploitation et que l'on trouve désormais plus en altitude.

La présence des Lauracées est également assez caractéristique. L'espèce Endichleria sericea est aujourd'hui assez rare dans l'horizon inférieur de la forêt humide alors qu'elle était, semble-t- il, encore très commune au XVIIème siècle selon LABAT. Pourtant elle est décrite comme une essence de montagne qui vient rarement dans les plaines d'où son nom de Bois-doux blanc ou Bois de montagne cette espèce se situe en général entre 250 et 650 mètres d'altitude . Elle est également présente à la fois sur le bord des cours d'eau ou exposée au vent sur les falaises, les pentes et les crêtes. Cette essence qui faisait partie intégrante de la strate arborescente de la forêt mésophytique à semble-t-il commencé à disparaître à la suite des défrichements dès le XVIIème siècle.

Le Bois-d'Inde Pimenta racemosa (Myrtaceae) est une espèce des Antilles et du Nord de l'Amérique du Sud que l'on décrit actuellement comme moyen, rarement élevé cependant au XVIIème et XVIIIème siècle les observateurs insistaient sur la grande taille des individus qui pouvaient se trouver à la fois dans des zones arides et sèches et sur des terrains humides et vantaient sa beauté par son écorce jaune vif et son port élégant. Cette espèce est à l'origine ubiquiste ; on la trouve depuis la côte jusqu'en altitude (comme en témoignent les nombreux lieux-dits : Anse Bois d'Inde à Sainte Lucie, quartier Bois d'Inde au Lamentin, Morne Bois d'Inde 350-650m, Côte au Bois d'Inde 650m dans les Pitons du Carbet en Martinique?) mais également dans des contextes xérophytiques ou plus hygrophiles. Victime de l'exploitation pour les nombreuses qualités de son bois, elle s'est raréfiée considérablement au cours des derniers siècles. La présence également de la Méliacée de type Cedrela, de Simaruba amara (Simaroubaceae) ou confirme le faciès mésophytique de l'environnement du site de Vivé.

Par contre une influence hygrophile se fait nettement sentir laissant apparaître une humidité sans doute nettement supérieure à l'actuel. Pour preuve la présence de plusieurs taxons tels Ilex, Chimarrhis ou encore Dacryodes.

4 espèces d'Ilex (Aquifoliaceae) sont indigènes de la Martinique : macfadyenii, nitida, sideroxyloides et dioica. Pour ces différentes espèces, Ilex semble davantage caractéristique de la forêt primaire hygrophile de Martinique à partir de 100 à 200 jusqu'à 900 mètres d'altitude, ce sont des arbres moyens appelés parfois " Citronnier " ou " Bois Citron ". Cette essence ne semble pas caractéristique de l'environnement proche actuel du site de Vivé, elle n'a été observée que beaucoup plus en altitude. Les flancs de la Soufrière présentent notamment des buissons de Ilex macfadyenii. Ilex dioica endémique des petites antilles est extrêmement rare et est signalée au sommet des pitons du Carbet et du Mont Conil (Fiard, 1992). Cependant Ilex sideroxyoides était décrit dans les environs de Trinité à l'état buissonnant sur des terrains calcaires (Hatzenberger, 1996) ce qui pourrait indiquer que l'aire de répartition de cette espèce ait pu être beaucoup plus vaste qu'à l'heure actuelle. Il nous semble pour le moment impossible de déterminer à l'espèce faute d'une collection de référence exhaustive.

Dans le cas de Chimarrhis cymosa, cette rubiacée antillaise est présente dans la forêt hygro- mésophytique d'une altitude allant de 50 à 600 mètres et surtout le long des cours d'eau. Une seule espèce est présente sous le Genre Chimarrhis d'Antigua à Grenade. Le Bois-résolu ou Bois- rivière est un arbre de grande taille qui était décrit comme "commun" à la Martinique par LABAT bien qu'absent des bords de mers et des zones marécageuses. Cette espèce se retrouve à l'heure actuelle commune mais dans les zones plus élevées, son bois a été très exploité aux altitudes les plus basses au cours des siècles précédents, recherché notamment pour la charpente et les meubles pour ses qualités mécaniques et esthétiques.

Une seule espèce du genre Dacryodes est présente en Martinique. Strictement antillais, le Bois Cochon ou gommier blanc est l'un des plus grands arbres de la forêt dense des petites Antilles, le bois du tronc était utilisé pour la fabrique traditionnelle de canots d'une seule pièce ou "gommiers" par les Amérindiens. C'est un taxon typique de la forêt humide qui se trouve à une altitude située entre 350 et 950 mètres (Fournier, 1978). Cependant LABAT en 1722, expliquait que cette espèce descendait à plus basse altitude dans la forêt mésophile et que c'était à la saison des pluies que la gomme en était extraite en abondance, celle-ci était utilisée à des fins curatives ou comme encens.

La deuxième caractéristique de l'analyse anthracologique du site de Vivé est la présence des formations marécageuses et ripicoles avec notamment Pterocarpus officinalis et également le Bois savonnette Sapindus cf saponaria (Sapindaceae). Cette essence est présente actuellement en Martinique et Guadeloupe aux bords des rivières et autour des habitations de la région inférieure (Fournier 1978) à basse altitude (0 à 300 mètres). Le Bois-savonnette est pourtant décrit par DU TERTRE en 1667 comme pouvant occuper des lieux secs et arides Par le passé, cette essence et se trouvait en abondance le long de la mer selon LABAT (HATZENBERGER, 1996). Sapindus saponaria est d'autre part une essence héliophile qui colonisait les trouées existantes dans les forêts inférieures et dans les lisières. Cette espèce s'est raréfiée au cours des siècles, elle est même en danger d'extinction dans certaines localités de la Martinique dans les forêts privées et en altitude sur le morne Césaire.

Les essences telles que les Poiriers et les Bois Cotellette présentes actuellement sur le site de Vivé sont retrouvé au sein du cortège anthracologique mais en position moins dominante qu'à l'heure actuelle.

Trois espèces de Tabebuia se rencontrent naturellement à la Martinique : T. chrysantha, heterophylla et pallida communément appellées " Poiriers ". L'essence identifiée appartient vraisemblablement à l'espèce pallida ; le Poirier blanc se retrouve à la fois dans les zones xérophiles et mésophiles, on le retrouve régulièrement en arrière plage cette espèce est assez typique des formations littorales dans les petites antilles. A Vivé, cette espèce est présente actuellement en abondance dans la forêt de la Crabière mais le plus souvent en lisière ou dans des zones ouvertes de chablis ou défrichées car c'est une essence héliophile par excellence. T. heterophylla est quant à elle une espèce endémique avec une aire de répartition plus réduite en Martinique due sans doute à des exigences écologiques plus strictes, elle est présente actuellement dans certaines stations de Basse Pointe et de Macouba.

Quant au genre Citharexylum sp., deux espèces sont indigènes de la Martinique C. caudatum et C. spinosum. communément appelées " Bois côtelette ". Citharexylum spinosum est une espèce assez ubiquiste, cette essence se rencontre en Martinique dans les savanes d'arrière- plage, sur les falaises, le long des rivières ou dans les bois inférieurs mésophiles (Fournet 1978). A Vivé, on la retrouve dans la forêt domaniale de la Crabière et dans les lisières en bordure de chemin ainsi que dans les îlots forestiers des zones marécageuses proches du littoral. Elle se retrouve également dans des formations hygrophiles plus en altitude jusqu'à plus de 800 m.

Certains taxons apparaissent de façon surprenante au sein du cortège floristique de Vivé, il s'agit du Gayac Guaiacum officinale et du Bois de Fer (cf Sideroxylon) qui correspondent davantage à un faciès plus xérophytique correspondant à la partie plus au sud de la Martinique. L'éventualité d'un transport de bois à longue distance pour un usage particulier peut être envisager pour ces taxons, leur bois très dur étant particulièrement recherché. D'autres espèces particulièrement utiles apparaissent au sein des taxons prélevés par les populations du site de Vivé tel le Genipa Genipa americana qui pourrait même avoir été introduite par les amérindiens car le fruit donne une teinture bleu foncée très prisée pour les ornements corporels.

Conclusion

La plaine côtière actuelle où se localise le site de Vivé étant dominée par la culture bananière, la forêt mésophytique d'aujourd'hui est confinée dans certaines zones relictuelles comme les forêts domaniales ou privées ou dans des lieux peu accessibles ou non exploitables comme le long de cours d'eau et bas-fonds ainsi que dans des zones escarpées comme les falaises ou les crêtes. La composition floristique de cette forêt mésophile a été considérablement modifiée par l'exploitation intensive des bois au cours des siècles précédents et bien souvent on n'observe en fait qu'une strate arborescente de deuxième grandeur, dépassant rarement 20 mètres de hauteur, dominée par les Lauracées Nectandra et Ocotea et le Pois-doux Inga laurina avec une strate arbustive dominée par les Mélastomatacées et les Piperacéees. Les strates supérieures quand elles sont présentes sont caractérisée par la dominance du courbaril de l'acajou et du fromager. Toutes ces essences ne représentent pas les espèces les plus caractéristiques de la forêt originelle telle que l'on peut l'envisager au travers de nos études.

La présence de certaines espèces en abondance peut s'expliquer parfois également par leur utilisation antérieure à la période historique comme l'exemple du Pois-doux qui par son utilisation dans les anciennes plantations de caféiers et de cacaoyers comme arbre d'ombrage et également comme arbre d'alignement et de haies brise-vents du XVIIème à la fin du XIXème siècle présente une aire de répartition considérablement supérieure sans doute à son aire d'origine. Ainsi d'autres plantes grâce notamment à la dissémination efficace des graines ou a leur caractère pionnier ont eu un développement massif dans les zones ouvertes et anthropisées. De la même façon, le Fromager doit sans doute sa bonne représentation actuelle à sa multiplication végétative aisée et sa croissance rapide alors qu'aucun chroniqueur ne le note en abondance dans ce type de milieu et que ceux-ci le décrivent au contraire comme un arbre rare et que nous ne trouvons aucun échantillon dans notre cortège anthracologique.

L'image de la végétation primitive, dans laquelle les populations amérindiennes du site de Vivé ont évolué, obtenue par l'analyse anthracologique est donc radicalement différente. A la fois, plus riche, plus haute, avec plus de strates, cette forêt était sans doute également plus humide à en juger la présence à proximité de taxons hygrophiles. Les espèces qui dominent à l'heure actuelle, plus héliophiles et pionnières comme les poiriers, ont sans doute une expansion récente. De nombreuses essences se sont raréfiées considérablement au cours de la période coloniale et se sont déplacées d'un milieu à un autre, soit vers les zones ripicoles ou le taux d'hygrométrie est supérieur soit vers les zones plus escarpées ou en altitude comme le Galba.

Les chroniqueurs ont témoigné de l'existence du couvert forestier luxuriant et riche parlant même de " forêt vierge ". Cependant les amérindiens des caraïbes cultivaient la terre, coupaient du bois pour le feu, la construction de leurs maisons ou de leurs embarcations utilisant toute l'étendue de la diversité écologique de leur environnement sans pour cela dégrader le milieu mais au contraire l'enrichir et l'adapter selon leurs besoins. C'est cet environnement que les analyses anthracologiques martiniquaises visent à restituer dans un but à la fois de reconstitution paléo- environnementale mais également dans la perspective de la protection des espèces menacées et des zones relictuelles des forêts primitives de l'île.

Bibliographie

FOURNET J.,
1978 - Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique. Paris, éd. INRA, 1674 p.
HATZENBERGER F.,
1996 - L'évolution géohistorique des écosystèmes végétaux dans les Antilles. Thèse Doctorat. Univ. Paris VI, 2 vol., 525 p.
LABAT J.,
1722-1742 - Nouveau Voyage aux isles de l'Amérique?.Paris, imp. Cavelier et Delespine, 6 vol.
PORTECOP J.,
1979 - Phytogéographie, cartographie écologique et aménagement dans une île tropicale : le cas de la Martinique. Doc. Cart. Ecol. Lab. de Biol. Vég., XXI, p.1-78.
SCHNELL R.,
1987 - La flore et la végétation de l'Amérique tropicale, Paris, éd. Masson, 2 vol., 480 p. et 448 p.




Ouacabou - Law 1901 french association
All rights reserved
Last modification : 21/02/2002 - 18:52